Place de l'Église

Au carrefour des quatre voies principales de la ville, la place de l’Église a été, sous l’Ancien Régime, le cœur de la vie religieuse, politique et judiciaire de Saint-Marcellin. Tout ce qui comptait dans la cité se trouvait réuni autour d’elle : l’église paroissiale, la maison des chanoines, le siège du bailliage et les demeures des notables.

L’église elle-même est à l’origine de la ville. C’est par la mention d’une église dédiée à saint Marcellin, premier évêque d’Embrun mort en 374, que l’existence du bourg est attestée au XIe siècle. En 1083, l’archevêque de Vienne la donne aux bénédictins de Montmajour ; elle est ensuite administrée par les chanoines antonins jusqu’à la Révolution. Le 11 mars 1119, le pape Calixte II, en route pour l’abbaye de Saint-Antoine, vient la consacrer. Largement reconstruite à la fin du XVe siècle, elle reçoit après les guerres de Religion de nouvelles voûtes d’arêtes, et deux portes remplacent alors l’unique portail gothique de la façade. Son clocher en tuf, longtemps cru du XIXe siècle, s’est révélé gothique, de la fin du XVe siècle ; il est protégé au titre des monuments historiques depuis le 28 octobre 1926. À l’intérieur, la chapelle Saint-Jean-Baptiste conserve sa pierre de fondation de 1368.

Face à l’église s’élève toujours l’ancienne maison du bailliage (a). Le conseil delphinal créé par Humbert II y siégea de 1337 à 1340, avant de devenir le parlement du Dauphiné à Grenoble ; du XVe siècle à la Révolution, le vibailli y rendait la justice au nom du roi sur un vaste territoire allant d’Anneyron à Tain et de Moirans à Chatuzange. Derrière l’abside, la maison curiale abritait les chanoines antonins chargés de la paroisse. Pillée en 1562 par les troupes du baron des Adrets, puis reconstruite, elle reçut en 1622 saint François de Sales, de passage peu avant sa mort ; de 1792 à 1803, elle devint la « Maison commune » où se réunissait le conseil municipal.

Au n° 1 de la place se dresse la plus ancienne maison de la ville (b). Remaniée au XVIe siècle, elle a conservé ses fenêtres à meneaux et ses imposants contreforts en tuf. Au n° 2 de la rue de Beauvoir, une maison du début du XVIIe siècle, aux façades remaniées, cache une haute tour rectangulaire (c) : dite « tour du guet », c’est le plus haut bâtiment civil de la ville. On l’aperçoit depuis le parvis de l’église, tout comme le dôme du clocher du couvent des Ursulines, élevé en 1684 (d). En face de la maison du bailliage, au premier étage, une autre fenêtre à meneaux du XVIe siècle a traversé les siècles.

Devant l’église, un grand réservoir d’eau servait aux besoins des habitants. Il faisait aussi office de vivier : on y conservait les poissons qu’un adjudicataire vendait aux bourgeois pendant le carême. Au bas des marches du parvis, une fontaine coule toujours.

La place a aussi ses heures sombres. Le 30 novembre 1943, au lendemain de l’assassinat du docteur Victor Carrier par la Gestapo, le curé Chavant célébra un office pour celui dont personne n’osait prononcer le nom ; l’église se révéla trop petite pour contenir la foule venue rendre hommage au « médecin des pauvres ».

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