Les Auberjon de Murinais
Ancienne famille noble du bailliage de Saint-Marcellin, dont Guy Allard dit avoir vu des titres de 1314, les Auberjon portent « d’or à la bande d’azur chargée de trois hauberts ou cottes de maille d’argent », avec la devise Maille à maille se fait l’auberjon. Pierre Auberjon, échanson du roi, se signale à Azincourt en 1415. Le mariage d’Aymar Auberjon, seigneur de Buissonrond, avec Claude, fille de Gaspard de Murinais, en 1550, leur donne le nom et le château de Murinais.
Des Murinais en ville
Pendant près de deux siècles, la famille loue une maison à Saint-Marcellin, où ses équipages, ses domestiques et son panache font sensation à chaque arrivée. En 1669, Marguerite de Bonrepos, veuve de Bertrand de Murinais, épouse Melchior de Garagnol, criblé de dettes, qui lui doit de pouvoir acheter la châtellenie et la charge de vibailli ; à sa mort, en 1681, il fait sortir tout le monde de la chambre et emporte papiers, or et bijoux, ce qui lui vaut un procès avec son beau-fils, Ennemond de Murinais.
Fils d’Ennemond, le marquis Pierre de Murinais (1683-1780), capitaine de cavalerie, chevalier de Saint-Louis en 1720, puis lieutenant-colonel, fait reconstruire presque entièrement en 1721 le château de Murinais. En 1709, propriétaire du terrain de la place Château-Bayard, il le concède à la ville pour y établir le nouveau cimetière. Retiré du service en 1745, il réside tour à tour à Bonrepos, à Murinais et à Saint-Marcellin, où il teste en 1780 en faveur de son petit-fils Antoine-Victor.
Son fils aîné, Guy, obtient par la faveur du roi la main de Mlle de La Vieuville de Saint-Chamond ; le mariage est célébré dans la chapelle de Versailles, en présence du roi et de la reine, qui signent le contrat. Enseigne de gendarmerie, Guy est tué à la bataille de Minden le 2 août 1759, pendant que sa femme est malade à Saint-Marcellin ; on lui cache la nouvelle, et leur dernier fils, Timoléon, naît en novembre. Une assemblée de parents, réunie devant le vibailli, donne pour tuteur aux enfants leur oncle Antoine-Victor. Veuve à vingt-cinq ans avec quatre enfants, Mme de Saint-Chamond-Murinais gère seule d’immenses domaines, du Languedoc au Forez. Elle achète aux Lessertat la maison du 14 rue Jean-Baillet, qui avait appartenu aux Déageant de Morges puis aux Ronchive de Cumane, y vit presque continuellement et y meurt le 26 juin 1785, à cinquante-deux ans, entourée de ses enfants. Elle est inhumée à Saint-Marcellin.
Deux députés
L’oncle et tuteur, Antoine-Victor-Augustin d’Auberjon, comte de Murinais, né à Murinais le 27 août 1731, chevalier de Malte, maréchal de camp en 1780, est élu en l’an V au Conseil des Anciens par les électeurs royalistes de Paris. Frappé par le coup d’État du 18 fructidor, il est déporté en Guyane et meurt à Sinnamary le 17 décembre 1797, le premier des déportés à succomber : « Plutôt mourir à Sinnamary sans reproches que vivre coupable à Paris. »
Son neveu Timoléon, né à Saint-Marcellin en novembre 17591, député de l’élection de Romans aux états de 1788, siège à la Constituante à partir de 1790. Il y défend la monarchie avec fougue, traite Robespierre de « factieux » le 19 août 1790 et demande en 1791 que le fils de Louis XVI garde le titre de dauphin, puis se retire de la vie publique. Il meurt à Murinais le 28 février 1831. Restauré à partir de 1853 pour le dernier marquis, le château de la Balme, à Murinais, est pillé et incendié par l’occupant en décembre 1943, soupçonné d’abriter la Résistance.
Jean Sorrel donne le 8 novembre dans un passage, le 9 dans un autre ; il lui prête aussi soixante-treize ans à sa mort, alors qu’il en a soixante et onze. ↩
Sources
- Jean Sorrel, Histoire de Saint-Marcellin, chapitre XVI
- Armorial de Dauphiné, p. 26
- Commune de Murinais, « Découvrir la commune »
- Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon, « Murinais, pillage et incendie du château, arrestations, déportation, 15-20 décembre 1943 »
Pour aller plus loin
- A. Lacroix, Saint-Marcellin, Grenoble, Xavier Drevet (Bibliothèque historique du Dauphiné), p. 41,
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