Tour ronde (sud-ouest) des places Déagent et Lacombe-Maloc
- Catégorie : Tours
À l’angle de l’actuelle place Déagent et de la place Lacombe-Maloc se dressait autrefois l’une des deux seules tours rondes de l’enceinte médiévale de Saint-Marcellin.
Lorsque le dauphin Humbert II autorise, par sa charte du 4 décembre 1343, la construction d’une « muraille munie de fossés », les Saint-Marcellinois élèvent un rempart de gros galets, haut de dix-huit pieds et épais de cinq, flanqué de treize tours carrées en saillie. Mais aux deux endroits où la muraille dessine un angle droit, les bâtisseurs choisissent une forme différente : une tour ronde. Mieux adaptée pour tenir un angle, elle permettait de surveiller et de défendre les deux pans de mur qui s’y rejoignaient, sans offrir d’arête vulnérable aux coups de l’assaillant. Celle-ci tenait l’angle sud-ouest de la ville ; sa jumelle se dressait à l’angle sud-est, place Château-Bayard.
La tour veillait sur l’un des secteurs les plus exposés de l’enceinte, à quelques pas de la porte de Romans, l’entrée principale de la ville. Elle fut témoin de l’épisode le plus sanglant de son histoire : en juin 1562, le baron des Adrets force cette porte à la tête des troupes protestantes, massacre la garnison et précipite les défenseurs réfugiés sur les remparts sur les piques de ses soldats. Le procureur du roi Charles de Lacombe-Maloc, traîné à mort dans les rues, a donné son nom à la place qui borde aujourd’hui l’emplacement de la tour.
Dans l’enceinte, la tour avait pour voisin le couvent des Carmes, adossé à la muraille depuis 1453, que la famille Déagent avait généreusement soutenu : Étienne Déagent, vibailli vers 1400, en fut le bienfaiteur, et son descendant Guichard, premier président de la chambre des comptes du Dauphiné, y fonda un collège en 1642 avant d’être inhumé dans le chœur de l’église. En longeant le côté gauche de la place Déagent, on rejoint encore une tour carrée percée de meurtrières, un balcon du XVIIIe siècle et une poterne ouverte par les Carmes vers 1760, quand les murailles avaient perdu leur rôle défensif.
Alors que sa jumelle de la place Château-Bayard disparaît dès le milieu du XIXe siècle, la tour ronde de l’angle sud-ouest résiste plus longtemps. Elle traverse les démolitions des années 1830, qui emportent les portes de la ville, et ne tombe qu’en 1951, au temps des grands travaux d’après-guerre. Six siècles après sa construction, elle fut ainsi l’une des dernières grandes pièces de l’enceinte à disparaître.