Porte de Beauvoir
- Catégorie : Portes
Des quatre portes de l’enceinte médiévale, la porte de Beauvoir était celle que l’on disait « au vent ». Elle ouvrait sur le chemin qui menait au château de Beauvoir-en-Royans, l’une des résidences favorites du dauphin Humbert II. C’est de là que le dernier dauphin du Viennois veillait sur Saint-Marcellin, à qui il accorda en 1343 la charte de libertés qui autorisait la construction des remparts. La porte était en quelque sorte l’entrée « princière » de la ville, tournée vers le pouvoir delphinal.
Elle commandait la rue de Beauvoir, l’une des quatre voies principales qui convergeaient vers la place de l’Église. Sur cette rue se dresse encore, au n° 2, une maison du début du XVIIe siècle qui recèle la « tour du guet », le plus haut bâtiment civil de la ville, visible depuis le parvis de l’église. Depuis le milieu du XIVe siècle, la porte avait aussi un voisin essentiel : l’ancien hôpital, géré conjointement par la ville et les chanoines antonins, à l’emplacement de l’actuel n° 9 de la rue de Beauvoir. Au début du XVIIIe siècle, il est transféré hors les murs, juste en face de la porte, là où se trouve toujours l’hôpital actuel.
La porte de Beauvoir avait une particularité : pendant plus d’un siècle, jusqu’en 1826, la pièce aménagée au-dessus du passage abritait les archives de la ville. La mémoire de Saint-Marcellin était littéralement conservée dans ses murs.
Au XIXe siècle, la porte devient une gêne. En février 1833, les riverains se plaignent auprès de la municipalité et lui demandent de la détruire ou de l’abaisser à la hauteur des maisons voisines, car elle prive la rue, disent-ils, « des bienfaits de l’air et du soleil ». Leur requête est acceptée en 1835, l’année même où disparaissent les portes de Romans et de Chevrières. Au milieu du siècle, c’est la section de rempart voisine et sa tour ronde, place Château-Bayard, qui sont démolies à leur tour.
Le quartier change alors de visage. Dans les années 1850, une nouvelle rue est ouverte dans le prolongement de la rue de Beauvoir, vers la plaine. La commission municipale de 1853 prévoit qu’elle prendra de l’importance « si plus tard la vallée de l’Isère était dotée d’un chemin de fer », et propose de la baptiser rue du Dauphin, en hommage à Humbert II. La gare, inaugurée en 1864, lui donnera raison.
Pour retrouver l’emplacement de la porte, il suffit de suivre la rue des Remparts, qui longe la plus grande section droite de la muraille depuis le square Barbara : elle aboutit au carrefour où se dressait la porte. Entre le passage du Palais et la porte, une autre tour, aujourd’hui disparue, a été photographiée en 1901 par l’écrivain Paul Berret.