1 boulevard Gambetta
- Voie : Boulevard Gambetta
De la maison du Colombier à l’hospice
Au XVIIIe siècle, l’hospice du 9 rue de Beauvoir étant devenu trop exigu, il fallut le transférer dans un bâtiment plus vaste, mieux aéré et plus lumineux : la maison dite « du Colombier », réputée avoir appartenu à l’ordre de Malte, que l’hôpital acquit en 1723-1724.
L’ordre de Malte, de son nom d’origine l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, était né à l’époque des croisades autour d’un hôpital de Jérusalem dirigé par frère Gérard, et avait été reconnu par le pape en 1113. D’abord voué à l’accueil et aux soins des pèlerins, il devint ensuite un ordre à la fois religieux et militaire, fidèle à sa double vocation : défendre la foi et servir les pauvres. Il ne prit le nom d’ordre de Malte qu’en 1530, lorsque l’île lui fut confiée. Rien d’étonnant, si la tradition est exacte, à ce que l’une de ses anciennes maisons ait été choisie pour accueillir les malades et les indigents de Saint-Marcellin.
L’acte de vente, véritable « acte de naissance » de notre vieil hospice, nous est parvenu :
« Par acte sous seing privé en date du deuxième septembre 1723, Monsieur François Boisset, ancien commissaire aux revues de Saint-Marcellin, vendit purement et simplement à l’hôpital dudit lieu, à la stipulation et acceptation de M. François Chabert, ancien commissaire du roi, assesseur au bailliage de Saint-Marcellin, recteur dudit hôpital, la maison appelée du Colombier, avec environ une sétérée de terre chènevière y joignant, qui appartenait audit M. Boisset, située au faubourg dudit Saint-Marcellin appelé de Beauvoir, confinant du levant le grand chemin dudit Saint-Marcellin à Beauvoir, de bise la basse-cour et bâtiment dudit hôpital, au couchant et vent le clos dudit hôpital et fonds de Guigues Antoine de Rostaing, et ce moyennant le prix et somme de huit cents livres, et à la charge de payer aux révérends pères Carmes de Saint-Marcellin une pension annuelle de douze livres six sols, au capital de deux cents livres, que ledit Boisset leur doit, et un louis d’or valant trente-neuf livres douze sols pour étrenne, etc.
Ladite vente sous seing privé fut mise en acte authentique par-devant maître Giroud, notaire à Saint-Marcellin, le 26 juin 1724. »
On y apprend que l’acheteur n’était pas la ville, mais l’hôpital lui-même, et que celui-ci possédait déjà à cet endroit une basse-cour, un bâtiment et un clos : l’achat du Colombier vint agrandir un domaine hospitalier déjà installé hors les murs.
La maison du Colombier devint ainsi l’hospice du boulevard Gambetta, qui ne cessa ensuite d’être transformé, modernisé et agrandi au fil des siècles.
La chapelle, ses tableaux et sa cloche
Comme la plupart des établissements hospitaliers de l’époque, l’hospice disposait d’une chapelle. Elle abritait notamment trois grands tableaux religieux, peints à la manière de la Renaissance. Deux d’entre eux étaient l’œuvre d’un enfant du pays, Alexis-Paul Pachot d’Arzac. Né à Saint-Marcellin et mort en 1907 à Montreuil-sur-Mer, ce peintre de genre, d’intérieurs et de paysages, formé auprès de Némoz, de Gleyre et de Ravanat, exposa au Salon de 1869 à 1888. Le troisième tableau, représentant La Femme adultère, était dû au peintre Hugues Merle, natif de La Sône, qui l’avait réalisé en 1844.
La chapelle possédait aussi sa propre cloche, venue de loin. D’après Gustave Vallier (Inscriptions campanaires de l’Isère, Montbéliard, 1886), elle mesurait 50 centimètres de diamètre, sonnait le la et portait l’inscription : « Christian Victor Herold m’a faite à Nuremberg » (1745). Elle sortait donc de l’atelier de la célèbre dynastie de fondeurs Herold, à Nuremberg.
L’administration de l’hôpital à la veille de la Révolution
En 1789, l’hôpital était placé sous l’autorité des principaux notables de la ville. Sa direction réunissait MM. Reynaud-Vallier, vibailli, De Lagrée, curé, Manthe, procureur du roi, Lanthelme, lieutenant général de police, ainsi que le maire de la communauté. Son administration était confiée à MM. Guilhermet, syndic, Cara de la Bâtie, syndic-receveur, et Robin l’aîné. Justice, Église, police et municipalité se partageaient ainsi la charge des pauvres et des malades.
Du vieil hospice au centre hospitalier
L’hospice et sa chapelle ont depuis disparu. Le bâtiment hospitalier qui les a remplacés accueille des personnes âgées depuis 1969, et abrite aujourd’hui un EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) ainsi qu’un centre de rééducation.
L’établissement n’a cessé depuis d’élargir son offre de soins. En 1992, il ouvre en même temps un service de soins infirmiers à domicile (SSIAD), un service de soins de suite et de réadaptation (SSR) et un centre périnatal, puis se dote en 1995 de consultations spécialisées. L’EHPAD est restructuré en 1998, et le SSIAD passe l’année suivante de 20 à 24 places.
Le mouvement se poursuit au XXIe siècle. Un nouveau service de SSR ouvre en 2005, suivi en 2006 d’un centre de consultations non programmées (CCNP). L’année 2008 est particulièrement riche : le service de médecine est restructuré, un accueil de jour ouvre ses portes et un espace est consacré aux soins palliatifs. En 2014, le SSR s’agrandit encore, tandis qu’une équipe spécialisée Alzheimer à domicile (ESA) est créée. Enfin, depuis 2022, l’hôpital propose une activité de scanner, en lien avec le cabinet de radiologie de la ville.
Trois siècles après l’achat de la maison du Colombier, la vocation du lieu est restée la même : accueillir et soigner.
Photos



