Euro numérique interbancaire : regardez ailleurs, la BCE construit votre cage

L’euro numérique est un sujet que j’aborde régulièrement sur ce blog. J’ai dénoncé les risques d’inflation massive et de destruction de l’égalité monétaire, alerté sur le cheval de Troie américain qui se cache derrière ce projet, critiqué l’absurdité économique d’un projet coûteux alors que le réseau CB existe déjà, et mis en lumière les dangers de la programmabilité et de la surveillance totale qu’il induit.

Mais un tweet de Tom Benoit m’a fait prendre conscience d’un angle mort total que je n’avais jamais abordé : la version « wholesale » de l’euro numérique. Cette monnaie numérique interbancaire, destinée exclusivement aux institutions financières, avance à pas feutrés pendant que tout le monde se focalise sur la version grand public. Et c’est précisément cette discrétion qui devrait nous alarmer.

Le coup de poker silencieux de la BCE

Résumons la manœuvre en deux temps :

Acte 1 : Saturer le débat public avec la version « retail »

Depuis des mois, la BCE nous abreuve de communications sur l’euro numérique grand public. Plafonds de 3 000 à 4 000 euros par compte, programmabilité des dépenses, surveillance des transactions, inclusion financière… Le débat fait rage, les citoyens s’inquiètent, les enquêtes révèlent un désintérêt marqué des Européens pour cette initiative.

Résultat ? Tout le monde regarde dans cette direction. Les critiques s’accumulent, les défenseurs de la vie privée montent au créneau, les libéraux dénoncent la dérive dirigiste. Bref, l’attention publique est captée, monopolisée, épuisée sur cette version retail.

Acte 2 : Déployer la version « wholesale » dans l’ombre

Pendant ce temps, en février 2025, le Conseil des gouverneurs de la BCE a discrètement décidé d’étendre son initiative pour le règlement de transactions enregistrées sur DLT (Distributed Ledger Technology) en monnaie de banque centrale. Ces essais ont déjà impliqué 64 participants et plus de 50 expérimentations.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Une banque A n’aurait plus à utiliser du cash pour régler une banque B lorsqu’une obligation change de propriétaire. Elle paierait en euro numérique, et la transaction aurait lieu sur une plateforme dédiée, sans recours à une chambre de compensation.

Technique, ennuyeux, réservé aux professionnels ? Exactement. C’est précisément pour cela que personne ne s’en offusque.

Pourquoi cette version wholesale est un piège mortel

1. L’infrastructure de contrôle s’installe sans opposition

Qui va manifester contre une innovation technique interbancaire ? Personne. Les citoyens ne se sentent pas concernés, les médias n’en parlent pas, les politiques ne s’y intéressent pas. Résultat : la BCE construit tranquillement l’infrastructure technique, légale et opérationnelle de l’euro numérique, sans le moindre débat démocratique.

Or, une fois cette infrastructure en place, basculer vers la version grand public devient un simple « switch technique ». Les rails sont posés, les plateformes fonctionnent, les procédures sont rodées. Il ne reste plus qu’à ouvrir les vannes aux citoyens.

2. La désintermédiation des chambres de compensation

Les chambres de compensation jouent aujourd’hui un rôle crucial : elles sécurisent les transactions, mutualisent les risques, et constituent un contrepouvoir technique face aux banques centrales. Avec l’euro numérique wholesale, la BCE court-circuite ces intermédiaires pour devenir l’unique pivot des transactions interbancaires.

Conséquence ? Une concentration du pouvoir monétaire sans précédent. La BCE ne se contente plus de fixer les taux : elle contrôle directement les flux, observe en temps réel les mouvements, et peut potentiellement intervenir sur n’importe quelle transaction.

C’est la mort du système libéral où les intermédiaires privés jouent le rôle de tampons, de contrepoids, de garde-fous face à l’omnipotence de l’État. Comme Friedrich Hayek l’avait prophétisé : « Rien ne rend une société plus vulnérable à l’autoritarisme que de confier à l’État le contrôle exclusif de la monnaie. »

3. La titrisation, grande gagnante du cash libéré

Voici l’objectif inavoué, celui qui fait briller les yeux des technocrates : en remplaçant les règlements en cash par des transactions en euro numérique, les banques libèrent des liquidités colossales. Ces liquidités peuvent ensuite être réinjectées dans… la titrisation.

Rappelons que la titrisation consiste à transformer des créances (prêts immobiliers, crédits à la consommation…) en titres négociables sur les marchés. C’est précisément ce mécanisme qui a déclenché la crise des subprimes en 2008. Et voilà que la BCE, au lieu d’en tirer les leçons, se prépare à huiler la machine pour accélérer cette pratique à risque.

Moins de cash immobilisé dans les règlements = plus de cash disponible pour créer des produits financiers complexes = plus de risques systémiques. Magnifique.

4. Le précédent chinois et la tentation du contrôle total

La Chine avec son e-CNY a déjà démontré qu’une monnaie numérique de banque centrale permet un contrôle sans précédent sur l’économie. Comme je l’ai détaillé dans mon article sur la programmabilité de l’euro numérique, limitation des dépenses à certains commerces, traçabilité absolue des transactions, gel de comptes en temps réel… Et n’oublions pas le système de crédit social chinois, où la monnaie numérique devient l’outil parfait pour récompenser les « bons citoyens » et punir les dissidents en limitant leur accès aux services financiers. Ce qui se fait à Pékin aujourd’hui pourrait très bien se faire à Francfort demain.

Et ne croyez pas que l’Europe soit à l’abri. Les tests de la BCE incluent déjà des smart contracts permettant de restreindre l’usage des fonds. La Deutsche Bundesbank a développé la solution « Trigger » qui permet d’initier des transactions via des smart contracts sur des plateformes DLT. La Banca d’Italia a proposé « TIPS Hash-Link » pour verrouiller les actifs jusqu’à ce que les conditions du contrat soient remplies.

Le cadre technique du contrôle programmable est déjà là. Il ne manque plus que la volonté politique de l’activer.

La stratégie du salami appliquée à la monnaie

Cette approche en deux temps – wholesale d’abord, retail ensuite – illustre parfaitement ce qu’on appelle la stratégie du salami : découper une réforme inacceptable en tranches acceptables.

Tranche 1 (actuelle) : « C’est juste pour les banques, ça ne vous concerne pas, c’est technique, c’est pour moderniser le système financier. »

Tranche 2 (future) : « L’infrastructure existe déjà, les tests sont concluants, il serait absurde de ne pas l’étendre aux citoyens. D’ailleurs, regardez comme c’est pratique, sécurisé, moderne ! »

Entre les deux tranches, le débat démocratique a été contourné. Les citoyens se retrouvent devant le fait accompli : l’euro numérique n’est plus un projet, c’est une réalité opérationnelle. Il ne reste plus qu’à l’accepter.

C’est exactement le même procédé que j’ai dénoncé dans mon article sur la censure numérique : fragmenter le débat, avancer par petites touches techniques, et présenter chaque étape comme anodine jusqu’à ce que le piège se referme.

Le paradoxe démocratique

Voici l’aberration :

  • Pour la version retail, qui n’existe pas encore : enquêtes publiques, consultations, débats parlementaires, opposition citoyenne, articles de presse…
  • Pour la version wholesale, qui est déjà en cours de déploiement : silence radio, validation technique, zéro débat public.

On consulte les citoyens sur une hypothèse lointaine, mais on les exclut totalement de la construction de l’infrastructure qui rendra cette hypothèse inéluctable. C’est le comble du cynisme technocratique.

Et pendant que les défenseurs des libertés s’épuisent à combattre la version grand public, la BCE pose tranquillement les fondations du système de contrôle. C’est un combat d’arrière-garde orchestré par la BCE elle-même.

Ce que révèle cette manœuvre sur la zone euro

Cette stratégie du wholesale-puis-retail révèle trois vérités dérangeantes sur la construction européenne :

1. La BCE est devenue un monstre technocratique hors de contrôle

Initialement créée pour garantir la stabilité des prix, la BCE s’arroge progressivement des pouvoirs qui dépassent largement son mandat. Créer une monnaie numérique parallèle, éliminer les chambres de compensation, surveiller les transactions interbancaires en temps réel… Tout cela se fait sans débat parlementaire digne de ce nom, sans validation démocratique, sans possibilité de recours pour les citoyens.

La BCE n’est plus une institution au service de la zone euro : elle est devenue un acteur politique qui façonne l’économie selon sa propre vision dirigiste, comme je l’ai déjà dénoncé dans mes précédents articles sur le piège de l’euro numérique.

2. L’illusion de la démocratie européenne

Quand les enquêtes révèlent que les Européens ne veulent pas de l’euro numérique, que fait-on ? On avance quand même, mais par la petite porte. On consulte pour la forme, on écoute poliment les objections, et on déploie discrètement par un autre biais.

C’est la démocratie potemkine : des façades de consultation, des apparences de débat, mais in fine, les décisions sont prises en coulisses par des technocrates non élus. J’avais déjà évoqué cette dérive dans mon billet sur l’Union européenne devenue prison.

3. La zone euro avance vers un système administré

Avec l’euro numérique wholesale puis retail, l’égalité monétaire vole en éclats. On crée une monnaie à plusieurs vitesses, où la BCE peut décider qui a accès à quoi, dans quelles conditions, avec quelles restrictions.

L’économie de marché, fondée sur la liberté et la concurrence, cède la place à un système où les flux sont pilotés, surveillés, orientés par une autorité centrale. C’est le triomphe du dirigisme sur le libéralisme, l’exact inverse des principes qui ont fait la prospérité de l’Occident.

Que faire face à cette menace ?

1. Briser le silence médiatique

Le premier combat est celui de l’information. Tant que la version wholesale reste invisible du grand public, la BCE peut avancer sans opposition. Il est urgent de faire sortir ce sujet de l’ombre, de le porter dans le débat public, de forcer les médias et les politiques à prendre position.

2. Exiger un moratoire immédiat

Avant tout déploiement, qu’il soit wholesale ou retail, il faut exiger un moratoire et un débat démocratique en bonne et due forme. Référendums, consultations citoyennes, débats parlementaires approfondis… L’euro numérique est une révolution monétaire qui ne peut se faire sans l’accord explicite des peuples.

3. Promouvoir des alternatives décentralisées

Plutôt que de confier encore plus de pouvoir à la BCE, pourquoi ne pas miser sur des solutions décentralisées ? La blockchain, les cryptomonnaies, les stablecoins… Autant de pistes que j’ai défendues dans mes articles, et qui offrent une véritable alternative au contrôle étatique.

Au lieu de réinventer une roue carrée avec l’euro numérique, pourquoi ne pas avoir modernisé le réseau CB à l’échelle européenne ? Une solution souveraine, éprouvée, économique, qui existe déjà et qui fonctionne. Mais non, il faut absolument créer un outil de contrôle centralisé.

4. Résister par les actes

Comme je l’écrivais dans mon article sur la censure numérique, la résistance passe aussi par des actes concrets : utiliser du cash, privilégier les systèmes de paiement décentralisés, refuser les monnaies programmables, maintenir des alternatives hors ligne…

Chaque transaction en cash est un acte de résistance contre la surveillance totale.

Conclusion : l’euro numérique n’est pas une fatalité

L’euro numérique wholesale avance dans l’ombre pendant que la version retail monopolise l’attention. C’est une stratégie délibérée pour contourner le débat démocratique et imposer le fait accompli. Une fois l’infrastructure en place, basculer vers le contrôle des citoyens deviendra une simple formalité technique.

Mais cette manœuvre ne peut réussir que si nous la laissons faire. Le silence est notre ennemi, l’information notre arme.

Comme l’a rappelé Hayek, confier le contrôle exclusif de la monnaie à l’État, c’est ouvrir la porte à l’autoritarisme. Avec l’euro numérique wholesale puis retail, nous ne franchissons pas seulement cette porte : nous la verrouillons derrière nous.

Refusons cet euro numérique, wholesale comme retail. Exigeons un débat transparent. Défendons notre souveraineté monétaire individuelle.

Avant que la cage ne se referme définitivement.

Car comme l’écrivait Frédéric Bastiat avec une lucidité prophétique : « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. » Avec l’euro numérique, cette fiction devient un algorithme, et cette dépendance devient une programmation.


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Dans l'ombre vacillante d'une chandelle, où les murmures du vent se mêlent aux secrets d'un vieux parchemin, je vous invite à tisser une toile de mots. Écrivez quelques éclats d'âme – rêve, étoile, abîme, étreinte, brume – et laissez-les danser sur la page, comme des lucioles dans une nuit d'encre. Que diriez-vous de les entrelacer dans une phrase, un souffle, une histoire ?

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