Euro numérique : programmabilité, surveillance et contrôle des citoyens

La Banque centrale européenne (BCE) présente l’euro numérique comme une avancée technologique : une monnaie moderne, sécurisée, adaptée à l’ère digitale. Mais derrière cette promesse d’innovation, je vois une menace sournoise pour nos libertés. Dans mes précédents billets – « L’euro numérique : un piège à refuser d’urgence », « Euro numérique : le cheval de Troie américain de notre servitude », et « L’esprit crypto trahi : centralisation (CEX), régulation (MiCA), soumission » –, j’ai dénoncé les risques économiques et philosophiques de ce projet.

Une nouvelle alerte, portée par Angélique Furet, députée européenne RN, dans une interview sur TV Libertés (voir la vidéo), met en lumière un danger concret : la programmabilité. Si ses mises en garde sont frappantes, elles demandent à être nuancées. Voici pourquoi je reste farouchement opposé à cet euro numérique, tout en prenant en compte les arguments adverses.

Une monnaie programmable : un contrôle sur vos dépenses

Euro numérique vs cryptos : contrôle total ou révolution monétaire ? - Politique & Eco avec A. Furet

Un scénario inquiétant

Angélique Furet, dans son intervention du 22 septembre 2025 sur TV Libertés, alerte : « L’euro numérique est une monnaie programmable. Sur mille euros, vous pourrez en avoir 300 programmés pour de la nourriture, 200 pour du carburant. Une fois le crédit carburant épuisé, vous ne pourrez plus faire le plein, même s’il vous reste de l’argent. » Imaginez votre salaire ou vos aides sociales transformés en « coupons numériques » imposés par Bruxelles : impossible d’acheter de l’essence si votre quota est épuisé, ou un livre si votre argent est réservé à des « dépenses vertes ». Ce n’est plus une monnaie, c’est une laisse algorithmique.

Une réalité technique

Furet, auteure d’Euro numérique vs Blockchain : quel avenir pour la finance européenne ?, s’appuie sur des tests réels de la BCE, qui a exploré des smart contracts pour restreindre l’usage des fonds. La Chine, avec son e-CNY, applique déjà ce type de programmabilité, limitant par exemple les dépenses à certains commerces. Si Furet dramatise – évoquant des gels de comptes ou des monnaies à expiration –, ces scénarios ne sont pas farfelus : ils sont techniquement possibles. Cela menace l’égalité monétaire, où tous jouent avec les mêmes règles, comme je l’écrivais dans mon premier billet.

Par exemple, la Deutsche Bundesbank a développé la solution « Trigger », qui permet d’initier des transactions via des smart contracts sur des plateformes de registre distribué (DLT) de marché, en les intégrant ensuite au système TARGET2 de la BCE. De même, la Banca d’Italia a proposé la solution « TIPS Hash-Link », visant à garantir des paiements atomiques et sécurisés d’opérations inter-chaînes, en utilisant des smart contracts pour verrouiller les actifs jusqu’à ce que les conditions du contrat soient remplies.

Le point de vue de la BCE

La BCE, dans ses communications, assure que la programmabilité serait limitée et optionnelle, visant à faciliter des paiements ciblés (ex. : aides sociales) sans empiéter sur la liberté individuelle. Elle promet aussi un « anonymat partiel » pour les petites transactions. Ces garde-fous sont séduisants, mais leur pérennité est incertaine : en temps de crise, les États pourraient exiger des restrictions plus strictes, comme on l’a vu avec des gels de comptes bancaires dans d’autres contextes. Cette perspective rend la vigilance impérative.

Une surveillance totale, incompatible avec la liberté

Traçabilité absolue

L’euro numérique risque de supprimer l’anonymat des paiements en espèces. Chaque transaction serait tracée en temps réel par la BCE. Un café entre amis ? Enregistré. Une cotisation à une association ? Signalée. Furet l’affirme : « La question n’est pas si cela arrivera, mais quand et comment Bruxelles l’imposera. » Ce danger fait écho à ma critique des CEX régulés dans mon article sur MiCA, où la surveillance étatique étouffe l’esprit libre de la blockchain.

Un précédent global

Ce n’est pas une hypothèse isolée. Comme je le notais dans mon second billet, l’euro numérique s’inscrit dans un agenda global, influencé par des initiatives comme le Genius Act américain pour contrer les stablecoins privés. Le risque ? Une BCE omnipotente, capable de geler vos fonds ou d’imposer des « choix » via une monnaie programmée. Imaginez un artisan bloqué par des « crédits matériaux » limités, ou un parent célibataire coincé avec des « bons alimentaires » insuffisants. C’est un totalitarisme soft, masqué par la modernité.

Une économie déstabilisée

Un scénario d’inflation

Prenons un scénario plausible, déjà évoqué dans mes billets précédents : avec 340 millions d’habitants dans la zone euro et un plafond de 3 000 € par compte, l’euro numérique pourrait injecter 1 020 milliards d’euros. Une aide de crise de 1 000 € par personne ajouterait 340 milliards. Face aux 10 000 milliards de la masse monétaire M1, cela représente 5 à 10 % de monnaie nouvelle, hors circuits bancaires classiques. Les conséquences ? Une inflation potentielle, des banques commerciales asphyxiées, et une économie pilotée par des flux politiques, comme je le dénonçais précédemment.

Un dirigisme programmé

Furet ajoute un danger : avec la programmabilité, l’État pourrait orienter vos dépenses vers des secteurs « prioritaires » (énergie verte, industries subventionnées), sapant la concurrence et la liberté du marché. Cette fracture monétaire – un euro « premium » garanti par la BCE contre un euro privé de seconde zone – détruit l’unité monétaire, un risque que j’avais déjà pointé.

Furet : une alerte à nuancer

Angélique Furet, élue RN au Parlement européen en 2024, met des mots crus sur une menace réelle. Son franc-parler et son livre récent en font une voix audible, mais pas infaillible. Ses exemples (carburant bloqué, comptes gelés) s’appuient sur des possibilités techniques, mais flirtent avec l’alarmisme pour mobiliser son public souverainiste. TV Libertés, chaîne anti-UE, amplifie ce ton. Furet n’est pas une experte académique, mais sa position à Bruxelles lui donne une légitimité pour critiquer de l’intérieur.

Dire non, avec lucidité

L’euro numérique n’est pas une simple modernisation, c’est un bascule vers un contrôle étatique renforcé. Comme je l’écrivais dans mes billets, il menace l’égalité monétaire et ouvre la voie à un dirigisme économique. Furet y ajoute la menace d’une surveillance quotidienne. Friedrich Hayek l’avait prédit : « Rien ne rend une société plus vulnérable à l’autoritarisme que de confier à l’État le contrôle exclusif de la monnaie. » Avec la programmabilité, cet autoritarisme devient algorithmique.

Que faire ? Résister et promouvoir des alternatives décentralisées, comme la blockchain, que je défendais dans mon article sur les CEX. Exiger des référendums sur ce projet. Et rester lucide : la BCE promet des garde-fous, mais l’histoire montre que les crises justifient souvent des dérives.

Disons non à cet euro numérique, avant que nos libertés ne soient codées dans un algorithme.


Écrivez quelques éclats d'âme...

Dans l'ombre vacillante d'une chandelle, où les murmures du vent se mêlent aux secrets d'un vieux parchemin, je vous invite à tisser une toile de mots. Écrivez quelques éclats d'âme – rêve, étoile, abîme, étreinte, brume – et laissez-les danser sur la page, comme des lucioles dans une nuit d'encre. Que diriez-vous de les entrelacer dans une phrase, un souffle, une histoire ?

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