Technologie

Mon iPhone a peur du soleil

En plein soleil, au moment précis où Apple me vend ses milliers de nits, l’écran de mon iPhone se met à fondre jusqu’à devenir illisible. Le coupable n’est pas le capteur de luminosité, qui réclame au contraire le maximum, mais la gestion thermique qui bride la dalle dès que l’appareil chauffe, c’est à dire toujours au soleil. J’ai exactement le même problème sur un iPhone 13 Pro et sur un iPhone 17 Pro, preuve que ni le titane, ni l’aluminium aérospatial, ni la fameuse chambre à vapeur n’y changent quoi que ce soit. Cet assombrissement est la facture de la course aux nits doublée de celle du tout-OLED, une technologie splendide en intérieur mais fragile face aux éléments. Je ne réclame pas l’impossible, juste un peu d’honnêteté: qu’on cesse de vendre une promesse de plein soleil que le téléphone est programmé pour renier dès qu’il fait chaud.

Qobuz, la fierté du son français et le mirage de la propriété numérique

Qobuz vient d’annoncer une croissance de 45,7% et son passage à l’équilibre, belle revanche d’un acteur français qui a parié sur la qualité sans compromis plutôt que sur la gratuité publicitaire. Utilisateur fidèle du seul service d’achat et de téléchargement, j’y vois autant un plaisir esthétique qu’un geste de souveraineté. Mais treize ans après l’avoir payé, le « Hotel California » qui m’avait fait découvrir la plateforme m’est aujourd’hui refusé au retéléchargement, droits révoqués par le label, facture envolée avec lui. Cette mésaventure pose la vraie question, celle d’un « achat » qui n’est en réalité qu’une licence d’accès révocable, et rappelle que le bien numérique nous échappe dès qu’un intermédiaire le détient à notre place. La seule propriété qui vaille reste celle que l’on rapatrie et que l’on tient physiquement entre ses mains.

Pourquoi coder un bot de trading crypto n’est pas rentable

Le bot de trading crypto séduit le développeur parce qu’il marie maîtrise technique et promesse de revenu passif, et c’est précisément ce qui devrait alerter. L’argument de la décorrélation s’est effondré : la corrélation entre le Bitcoin et les actions atteint désormais ses sommets pendant les krachs, exactement quand on aurait besoin qu’elle disparaisse. L’edge supposé d’un bot amateur n’existe pas face aux firmes algorithmiques, et le paper trading ment systématiquement à la hausse en ignorant le glissement et les frais taker qui dévorent l’alpha à chaque aller-retour. Même justifiée, une poche crypto se dimensionne en budget de risque et tombe à 1 à 3 pour cent du capital, un enjeu sans commune mesure avec l’effort d’ingénierie qu’un bot exige. Reste alors la seule question honnête : cherche-t-on un loisir technique ou un outil patrimonial, car le DCA automatisé et le rééquilibrage par API servent un capital réel là où le bot ne sert qu’un fantasme.

Suffisamment bon, cinquante fois moins cher : le théorème qui broie l’IA américaine

Les contrôles à l’export américains devaient étrangler l’IA chinoise ; ils lui ont appris la frugalité, et la frugalité est devenue son arme tarifaire. DeepSeek, Qwen et la nuée des modèles à poids ouverts livrent aujourd’hui un suffisamment bon à une fraction du prix occidental, ce qui suffit à faire basculer l’écrasante majorité des usages. Mais le marché n’a pas basculé là où on le croit : la pointe absolue reste américaine, et le vrai moat, la distribution, voit déjà les hyperscalers revendre la commodité chinoise sur leur propre compute. Pour l’Europe, adopter par défaut l’API de Hangzhou, c’est troquer un suzerain contre un autre, quand la seule sortie réelle, l’auto-hébergement des poids ouverts, n’a rien d’un repas gratuit. Reste à savoir si le continent saura bâtir les conditions, réglementaires et industrielles, qui font de ce réflexe autre chose qu’un geste de minorité éclairée.

Apple AFM 3 : le triomphe de l’IA embarquée… et ses renoncements

Le 8 juin 2026, Apple a dévoilé la troisième génération de ses Foundation Models, avec une architecture embarquée parmi les plus astucieuses du marché : AFM 3 Core Advanced stocke vingt milliards de paramètres en mémoire flash et n’en active que quelques-uns, en routant ses experts par prompt plutôt que par token. Cette prouesse n’a pourtant rien de spontané, puisqu’elle prolonge industriellement le papier « LLM in a flash » de 2023 que la communication d’Apple préfère passer sous silence. Mais derrière le génie embarqué se loge un renoncement plus lourd : les cinq modèles sont co-conçus avec Google, pré-entraînés sur ses TPU, et le plus capable d’entre eux s’exécute sur des GPU NVIDIA dans Google Cloud. L’entreprise qui avait fait de l’intégration verticale et du « designed by Apple » son dogme loue désormais sa puissance de pointe chez un concurrent, là précisément où elle avait promis le plus d’indépendance. Et pendant ce temps, le Digital Markets Act prive les Européens de Siri AI sur iPhone et iPad sans calendrier, illustration d’un continent qui excelle à réguler un match auquel il ne joue plus.

Dynamic workflows : Anthropic a industrialisé la consommation de tokens

Le 28 mai, Anthropic dévoilait les dynamic workflows dans Claude Code : des centaines de sous-agents en parallèle censés transformer des trimestres de travail en quelques jours. Mais la vraie nouveauté n’est pas la capacité, c’est la facture, car la fonctionnalité est conçue pour multiplier votre consommation de tokens. Le même jour, l’entreprise levait 65 milliards de dollars à 965 milliards de valorisation, dépassant OpenAI : le produit qui fait brûler le calcul et la levée qui le célèbre racontent la même histoire. Décryptage d’une fonctionnalité qui en dit moins sur l’avenir du code que sur le modèle économique de l’IA en 2026.

Paywall : l’art de refuser mon argent

Au tabac-presse, une une m’accroche, je tends quelques pièces et je repars avec le journal, sans qu’on me demande de m’engager sur douze mois. En ligne, ce réflexe se cogne à un mur : l’article que je veux, je ne peux pas l’acheter, on ne me propose que l’abonnement à « 1 € le premier mois », piège à reconduction calibré sur mon oubli. Pourtant la demande existe et la plomberie du micropaiement aussi ; si on ne me la propose pas, ce n’est pas par incapacité technique mais par calcul commercial. Les rares plateformes qui ont tenté le paiement à l’article ne sont pas mortes faute de lecteurs : elles ont été étouffées par des éditeurs préférant protéger leur tunnel d’abonnés. Alors je passe mon tour, systématiquement, et chaque paywall verrouillé perd l’euro qu’il aurait pu encaisser sur-le-champ.

Ferrari Luce : l’extinction des feux

Ferrari a dévoilé sa première électrique, la Luce, dessinée par Jony Ive et son studio LoveFrom : 1 050 chevaux, 550 000 euros, et une silhouette d’iPhone à roulettes qui n’a plus rien d’italien. L’accueil est brutal : Montezemolo redoute la « destruction d’un mythe », Briatore ironise, et l’action plonge de six à huit pour cent en quelques heures. Derrière l’objet, c’est toute une Europe qui se révèle, capable de réguler son déclin mais plus de construire son futur, prête à sacrifier Scaglietti et Pininfarina sur l’autel d’une transition que personne n’a réclamée. Reste la vraie question : notre civilisation a-t-elle encore quelque chose à proposer, ou faut-il désormais aller chercher à Cupertino ce que Maranello savait inventer ?

La passion mécanique ne meurt pas, elle devient silencieuse

Un fabricant de téléphones vient de battre Audi et Porsche sur le Nürburgring avec la YU7 GT, et son moteur électrique parle déjà notre langue : couple, rendement, régime, organes internes. La fascination mécanique ne meurt pas, elle déménage, et le nom même du bloc, « V8S EVO », trahit que l’imaginaire thermique reste l’argument le plus puissant qui soit. Mais méfions-nous des formules trop nettes : ce n’est ni un éternel recommencement ni une substitution propre, c’est une mue. La mécanique persiste et se durcit, le geek s’ajoute au mécanicien, et le sensuel se réinvente dans le sifflement d’un rotor à 28 000 tr/min. Reste une question : saura-t-on transmettre l’ancien frisson à ceux qui n’auront jamais connu que le nouveau ?

Intégrer un chatbot IA sur un site client : la grille de décision que personne ne pose

On me demande sans arrêt de coller un chatbot IA sur des sites clients, et ils tournent sur tout : Shopify, WordPress, Drupal, parfois du sur-mesure abandonné. Mais « quel plugin ? » n’est jamais la bonne question : un chatbot IA, ce sont deux couches qu’on confond presque toujours, la livraison du widget et le cerveau qui répond. Toute la décision tient sur une seule échelle, du clé-en-main verrouillé où vous ne contrôlez rien, jusqu’au pipeline que vous possédez entièrement. Pour un client unique, le clé-en-main suffit largement ; pour une agence qui veut capitaliser un savoir réutilisable sur toute une flotte, posséder le cerveau devient un actif. Voici la grille que j’utilise pour trancher, CMS par CMS, Shopify en tête.