Rue du Cardinal
Jadis appelée « rue du Gabot », puis rebaptisée en 1860, la rue du Cardinal relie la place de l’Église à la place d’Armes. Cette voie vénérable a connu autrefois un trafic bien plus important qu’aujourd’hui : jusqu’au début du règne de Louis XIV, vers 1645, elle tenait lieu de l’actuelle Grande Rue. Les équipages venus de Grenoble entraient en ville par la porte de Vinay et l’empruntaient pour traverser le bourg. Ils gagnaient ensuite la porte de Romans par la rue Garagnol, le trajet le plus direct, à travers le dédale des venelles qui convergeaient vers le centre ou contournaient l’actuelle place d’Armes, alors appelée place de la Halle.
Deux explications sont avancées pour son ancien nom. La première tient à ce que la rue menait droit au réservoir de la vieille ville, attenant à la grande fontaine (le « gabot »). Celle-ci se trouvait rue Jean-Baillet, l’ancienne rue de Chevrières, contre le mur de la terrasse de l’église ; c’était le « grand bachal » que l’on emplissait de carpes pour le Carême. La seconde veut que le trop-plein de ce réservoir se soit déversé dans la rue, changée en cloaque, en « gabot » comme on disait dans le franc-parler d’autrefois.
Son nom actuel rappelle Charles Anisson, de la famille Revol-Anisson, religieux antonin et curé de Saint-Marcellin. Procureur général de l’ordre des Antonins à Rome, ce fin diplomate accompagna en 1592 la délégation chargée d’obtenir du pape l’absolution d’Henri IV, qui abjura le 25 juillet 1593. Tombé ensuite en disgrâce, il ne reçut jamais la pourpre, mais la mémoire locale lui a conservé le titre de cardinal. Sa maison, d’un type très ancien, avec sa porte d’origine et une niche à statue vide en haut de l’escalier de pierre, s’élevait dans cette rue jusqu’en 1990.