Réseaux sociaux : quand Macron prend la démocratie à l’envers

Emmanuel Macron vient de nous gratifier d’une nouvelle leçon magistrale sur la démocratie, celle-ci face aux lecteurs de La Provence. Le titre choisi pour cette grand-messe présidentielle ? « La démocratie à l’épreuve des réseaux sociaux et des algorithmes ». Savourons un instant l’audace sémantique : ce qui constitue l’espace de liberté d’expression le plus vaste jamais conçu serait donc une « épreuve » pour la démocratie.

Inversons la perspective. Les réseaux sociaux représentent la première véritable agora numérique de l’histoire humaine, un espace où la parole s’affranchit enfin des gardiens autoproclamés du temple démocratique. Pour la première fois, un citoyen peut interpeller directement un ministre, un député, un président même, sans passer par le filtre d’une rédaction parisienne ni attendre le bon vouloir d’un éditorialiste consacré. Cette désintermédiation terrorise manifestement nos élites.

Observons le phénomène : un téléphone sort d’une poche, filme un événement, et quelques secondes plus tard, des milliers de citoyens en prennent connaissance. Sans comité de rédaction. Sans ligne éditoriale. Sans subventions publiques pour orienter le récit. Le monopole de la narration collective vient de voler en éclats, et avec lui s’effondre le confortable entre-soi médiatico-politique qui déterminait jusqu’alors ce qui méritait d’être su et comment cela devait être compris.

Les réseaux sociaux ne sont pas une « épreuve » pour la démocratie. Ils sont une épreuve pour ceux qui prétendaient en être les seuls interprètes légitimes. Ils sont une épreuve pour ces médias traditionnels dont les rédactions, alignées et subventionnées, filtraient méthodiquement l’information selon des critères idéologiques à peine dissimulés. Ils sont une épreuve pour cette caste politique habituée à contrôler le discours public par journalistes interposés.

Que le locataire de l’Élysée qualifie d' »épreuve » cet espace de liberté en dit long sur sa conception de la démocratie. Une démocratie véritable implique la libre circulation des idées, la confrontation des points de vue, l’absence de censure préalable. Les réseaux sociaux incarnent précisément ces principes. Si Macron y voit une menace plutôt qu’une opportunité, c’est que sa vision démocratique se limite à une verticalité du pouvoir où la parole descend d’en haut, dûment tamisée par des relais contrôlés.

Le vocabulaire employé trahit des intentions inquiétantes. Parler d' »épreuve » prépare les esprits à l’idée qu’il faudra bientôt « protéger » la démocratie contre ces espaces incontrôlables. Protéger, dans le langage macronien, signifie invariablement réglementer, encadrer, museler. Le Digital Services Act européen n’était qu’un début ; attendons-nous à d’autres assauts contre la liberté d’expression numérique, toujours au nom de nobles principes.

La macronie ne supporte pas que les citoyens puissent s’exprimer, échanger et s’informer hors de son contrôle. Elle ne supporte pas que son narratif puisse être contesté en temps réel. Elle ne supporte pas que des voix dissidantes trouvent une audience sans son aval. C’est cette impuissance à contrôler le débat public qui se cache derrière la rhétorique alarmiste sur les « dangers » des réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux ne mettent pas la démocratie à l’épreuve. Ils révèlent simplement que ce que nos dirigeants appellent « démocratie » ressemble davantage à une oligarchie communicationnelle où seules certaines voix avaient le droit d’être amplifiées. Cette époque s’achève, et c’est tant mieux.

Il serait grand temps que la macronie comprenne que la démocratie ne se décrète pas depuis les hauteurs du pouvoir. Elle se pratique horizontalement, dans l’échange libre et non censuré entre citoyens. Si cette perspective leur paraît être une « épreuve », alors effectivement, il est plus que temps qu’ils dégagent de nos vies.


Écrivez quelques éclats d'âme...

Dans l'ombre vacillante d'une chandelle, où les murmures du vent se mêlent aux secrets d'un vieux parchemin, je vous invite à tisser une toile de mots. Écrivez quelques éclats d'âme – rêve, étoile, abîme, étreinte, brume – et laissez-les danser sur la page, comme des lucioles dans une nuit d'encre. Que diriez-vous de les entrelacer dans une phrase, un souffle, une histoire ?

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