Censure des réseaux sociaux : Macron veut faire taire la colère française
Fin octobre 2025, Emmanuel Macron a lancé sa nouvelle croisade : réguler, contrôler, voire interdire les réseaux sociaux. Le 28 octobre, le président a réuni environ 200 experts à l’Élysée pour un « grand débat » sur les menaces des réseaux sociaux. Le lendemain, au Forum de la Paix à Paris, il a appelé à un « agenda beaucoup plus puissant de protection et de régulation en Europe ».
Sous couvert de défendre la démocratie contre les algorithmes et les ingérences étrangères, le président s’attaque en réalité au dernier espace où les Français peuvent encore exprimer librement leur rejet de sa politique. Cette offensive contre la liberté d’expression s’inscrit dans la continuité logique d’un pouvoir aux abois, qui préfère faire taire ses opposants plutôt que d’écouter leurs griefs.
Les réseaux sociaux, amis puis ennemis selon l’intérêt du moment
Rappelons-nous 2017. À l’époque, les réseaux sociaux n’étaient pas un problème pour Emmanuel Macron. Bien au contraire : ils constituaient l’épine dorsale de sa campagne présidentielle. Des dizaines de comptes fans sur Facebook, Twitter et Instagram propageaient quotidiennement la bonne parole macroniste, relayaient chaque meeting, chaque déclaration, chaque promesse.
Ces mêmes plateformes qui aujourd’hui « menacent la démocratie » ont permis à un candidat inconnu du grand public quelques mois auparavant de conquérir l’Élysée.
Que s’est-il passé depuis ? Les comptes fans se sont évaporés. Les « likes » ont fait place aux commentaires assassins. Les partages enthousiastes ont cédé la place aux captures d’écran moqueuses. Les réseaux sociaux sont devenus le miroir impitoyable de l’impopularité présidentielle, le baromètre en temps réel de l’échec d’un quinquennat puis d’un second mandat catastrophique.
C’est précisément cette transparence qui dérange. Sur X, Facebook, TikTok, les Français disent tout haut ce qu’ils pensent tout bas : que Macron doit partir, que sa politique a échoué, que son arrogance est insupportable. Cette expression démocratique spontanée, cette agora numérique où le vernis de la communication présidentielle se fissure quotidiennement, voilà ce qui insupporte le locataire de l’Élysée.
La stratégie de l’extrême droite : tout ce qui contrarie est « fasciste »
La rhétorique employée par Emmanuel Macron est d’une simplicité stalinienne : tout ce qui le critique relève de « l’extrême droite ». Au Forum de la Paix, il a lancé : « Je vous défie : ouvrez X avec un contenu libre. Si vous ne tombez pas immédiatement sur des contenus d’extrême droite, de France ou du monde entier, c’est que vous êtes mal organisé. Et ça, c’est un processus de dégénérescence démocratique. »
Cette affirmation est aussi grotesque qu’elle est révélatrice.
D’abord, elle est factuellement contestable. Personnellement, lorsque j’ouvre X, je tombe surtout sur des comptes de représentants de la macronie – et ce malgré mes efforts répétés pour signaler que je ne souhaite pas voir ce contenu. Les trolls macronards prolifèrent, financés on ne sait par qui, répétant en boucle les éléments de langage de l’Élysée. Qui est « mal organisé », monsieur le président ?
Ensuite, cette obsession de l’étiquetage « extrême droite » trahit une vision du monde manichéenne et dangereuse. Dans l’esprit macroniste, il y a d’un côté le camp du Bien (eux), et de l’autre l’extrême droite (tous les autres). Cette pensée binaire refuse d’admettre qu’on puisse critiquer Macron sans être un sympathisant de Marine Le Pen. Elle refuse de reconnaître que la colère exprimée sur les réseaux sociaux est d’abord le fruit de l’échec politique et économique de son gouvernement.
De la protection de la jeunesse à la surveillance généralisée
Pour justifier son offensive contre les réseaux sociaux, Macron brandit l’épouvantail de la protection des mineurs. Comme l’a rapporté FranceInfo, il veut interdire ces plateformes aux moins de 15 ans en France, dans « quelques mois » s’il n’y a pas de « mobilisation » de l’Union européenne. Qui pourrait s’opposer à protéger nos enfants ?
Mais creusons un peu. Cette interdiction nécessitera nécessairement un système de vérification de l’âge. Et comment vérifier l’âge en ligne ? Par la mise en place d’une identité numérique obligatoire, d’un système de traçage généralisé.
Sous prétexte de protéger les enfants, c’est l’ensemble de la population qui sera fichée, surveillée, contrôlée.
Cette stratégie n’est pas nouvelle. C’est exactement le même procédé utilisé pour justifier toutes les dérives sécuritaires : on invoque la protection des plus faibles pour imposer des mesures liberticides à tous. La censure numérique avance masquée derrière de nobles intentions.
Les ingérences étrangères : l’excuse permanente
Autre justification brandie par Macron : les ingérences étrangères, notamment russes. « Aujourd’hui, les plus gros acheteurs de faux comptes de X et compagnie, ce sont les Russes pour venir déstabiliser les démocraties européennes », a-t-il affirmé. Cette menace est réelle, certes, mais elle sert surtout de prétexte commode pour justifier surveillance et contrôle accrus.
Car paradoxalement, la meilleure réponse aux ingérences étrangères n’est pas la censure, mais au contraire plus de transparence et d’esprit critique. C’est l’éducation aux médias, c’est le débat contradictoire, c’est la confrontation des idées dans un espace libre. En voulant « protéger » les citoyens en les privant d’accès à certains contenus, Macron les infantilise et les rend plus vulnérables à la manipulation.
D’ailleurs, qui définit ce qui relève de l' »ingérence étrangère » ? N’est-ce pas le même gouvernement qui a tenté de faire passer la loi Arcom pour contrôler les contenus en ligne ? N’est-ce pas le même pouvoir qui a multiplié les tentatives pour réguler, surveiller, contrôler ce qui se dit et s’écrit sur internet ?
TikTok et le fantasme du complot salafiste
L’accusation portée contre TikTok révèle le niveau de sophistication du raisonnement présidentiel. Selon Macron, « un jeune Français qui y crée un compte sans aucune caractérisation et qui tape le mot ‘Islam’, sera exposé à un contenu salafiste au bout du troisième contenu qui lui sera soumis. »
Cette affirmation, invérifiable et probablement exagérée, révèle surtout une méconnaissance profonde du fonctionnement des algorithmes. Ceux-ci ne sont pas des entités malveillantes programmées pour radicaliser la jeunesse. Ils répondent aux comportements des utilisateurs.
Le vrai problème n’est donc pas l’algorithme, mais bien le manque d’éducation critique aux médias, le manque d’accompagnement parental, et surtout le terreau social qui rend certains discours attractifs. Au lieu de s’attaquer aux causes profondes – l’échec de l’intégration, le communautarisme, la montée des tensions identitaires – Macron préfère s’en prendre au thermomètre plutôt qu’à la fièvre.
La plateforme d’action : un nouveau ministère de la Vérité ?
Lors de sa réunion à l’Élysée du 28 octobre, Macron a appelé à « lancer le travail de résistance », « créer une petite plateforme d’action », « bâtir un projet d’action commun ». Le flou entourant cette proposition est inquiétant. De quoi parle-t-on exactement ? D’un nouvel organisme de surveillance ? D’une autorité de régulation avec des pouvoirs coercitifs ? D’un système de signalement et de censure automatisée ?
L’absence de détails précis laisse craindre le pire. Cette « plateforme d’action » pourrait très bien devenir une nouvelle Arcom aux pouvoirs décuplés, un ministère de la Vérité chargé de distinguer le vrai du faux, l’acceptable de l’inacceptable, le démocratique de l’extrémiste.
Le référendum : manipulation ou acte démocratique ?
L’Élysée n’exclut aucune option : texte de loi, voire référendum. « Toutes les pistes sont sur la table », indique la présidence. Cette dernière possibilité pourrait sembler démocratique. En réalité, elle serait probablement une manipulation supplémentaire.
Imaginez la question : « Voulez-vous protéger vos enfants des dangers d’internet ? » Qui répondrait non ? C’est la même technique que pour tous les référendums truqués : poser une question formulée de telle sorte qu’il est impossible d’y répondre négativement sans passer pour un monstre.
Un véritable référendum démocratique poserait la question autrement : « Acceptez-vous que l’État surveille et contrôle votre activité en ligne sous prétexte de vous protéger ? » Là, les réponses seraient probablement différentes.
L’indépendance cognitive : une formule orwellienne
Macron a conclu sa réunion du 28 octobre par une formule qui restera dans les annales de la novlangue politique : « On est en train de perdre notre indépendance émotionnelle et cognitive. » Cette phrase, digne du Meilleur des mondes de Huxley, mérite qu’on s’y arrête.
D’abord, qui est ce « on » ? Les citoyens français, présumés trop bêtes pour faire le tri dans les informations qui leur sont présentées ? Ou bien Macron lui-même, qui voit son récit national se déliter face à la critique permanente dont il fait l’objet en ligne ?
Ce que Macron appelle « perte d’indépendance cognitive », c’est tout simplement le fait que les Français ne pensent plus comme il le voudrait. Ils ne gobent plus la communication lénifiante de l’Élysée. Ils ne croient plus aux promesses creuses. Ils ne font plus confiance. Et plutôt que de s’interroger sur les raisons de cette défiance, le président préfère accuser les réseaux sociaux de manipuler les esprits.
Un régime qui se durcit face à la contestation
Cette offensive contre les réseaux sociaux s’inscrit dans une dérive autoritaire plus large. Depuis plusieurs années, nous assistons à une multiplication des tentatives de contrôle de l’information et de répression de la dissidence.
Les exemples sont nombreux : les dérives de l’Arcom, les tentatives de régulation des contenus en ligne, la surveillance généralisée au nom de la lutte antiterroriste, les poursuites judiciaires contre les lanceurs d’alerte, la répression des manifestations…
À chaque fois, le schéma est le même : on invoque une menace pour justifier des mesures attentatoires aux libertés fondamentales. Et à chaque fois, ces mesures censées être exceptionnelles et temporaires se pérennisent et s’étendent.
Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas nouveau dans l’histoire. Tous les régimes autoritaires ont commencé par contrôler l’information et museler la critique. La différence, c’est qu’aujourd’hui les outils technologiques permettent une surveillance et un contrôle d’une ampleur inédite. L’euro numérique, l’identité numérique, la reconnaissance faciale, le traçage des communications : tous ces outils convergent vers la mise en place d’un système de surveillance totale.
Résister au président censeur
Face à cette dérive, il est urgent de résister. Résister, ce n’est pas être complotiste ou extrémiste. C’est simplement refuser de céder nos libertés au nom d’une sécurité illusoire.
Les réseaux sociaux, malgré tous leurs défauts, restent un espace de liberté précieux. Ils permettent de contourner les médias traditionnels, souvent complaisants avec le pouvoir. Ils donnent la parole aux citoyens ordinaires, qui peuvent s’exprimer sans filtre et sans intermédiaire. Ils rendent visible l’impopularité réelle d’un président qui refuse de voir la réalité en face.
Bien sûr, ces plateformes ne sont pas parfaites. Elles ont leurs biais, leurs excès, leurs dérives. Mais la solution n’est certainement pas de les interdire ou de les mettre sous tutelle étatique. La solution, c’est l’éducation, l’esprit critique, le débat contradictoire.
Macron, ou l’incarnation de l’hypocrisie démocratique
Au fond, l’offensive de Macron contre les réseaux sociaux cristallise toutes les contradictions de son quinquennat. Un homme qui se présente en champion de la démocratie mais qui ne supporte pas la contestation. Un président qui a été élu grâce aux réseaux sociaux et qui veut maintenant les contrôler. Un dirigeant qui parle d’indépendance cognitive tout en voulant décider à la place des citoyens de ce qu’ils peuvent voir ou non.
Cette hypocrisie traverse toute l’histoire du macronisme. Combien de fois l’avons-nous vu se présenter comme un rempart contre l’extrême droite, tout en adoptant peu à peu une partie de son programme sur l’immigration et la sécurité ? Combien de fois l’avons-nous vu défendre la démocratie tout en court-circuitant le Parlement via le 49.3 ?
L’offensive contre les réseaux sociaux est la énième illustration de cette logique : défendre la démocratie en la vidant de sa substance. Protéger la liberté d’expression en la restreignant. Lutter contre l’extrême droite en adoptant des méthodes autoritaires.
Le crépuscule d’un règne
L’acharnement de Macron contre les réseaux sociaux marque en réalité le crépuscule de son règne. Confronté à une impopularité record, à l’échec de sa politique économique, à l’absence de majorité parlementaire, le président cherche des boucs émissaires.
Les réseaux sociaux sont parfaits pour ce rôle : suffisamment puissants pour paraître menaçants, suffisamment abstraits pour qu’on puisse leur imputer tous les maux.
Mais cette stratégie de diversion ne fonctionnera pas. Les Français ne sont pas dupes. Ils savent que leur colère n’est pas le produit d’une manipulation algorithmique russe, mais bien le résultat de décennies de politiques déconnectées de leurs préoccupations réelles.
Vouloir faire taire cette colère en censurant les réseaux sociaux, c’est comme vouloir éteindre un incendie avec de l’essence. Cela ne fera qu’attiser les flammes. Car ce n’est pas X, Facebook ou TikTok qui ont créé le rejet de Macron. Ces plateformes ne font que refléter une réalité que le président refuse d’admettre : son échec cuisant et l’urgence absolue de son départ.
La résistance s’organise déjà. Sur les réseaux sociaux justement, mais aussi dans la rue, dans les urnes, dans tous les espaces où la démocratie peut encore s’exprimer. Face au président censeur, les Français montrent qu’ils n’ont pas l’intention de se taire. Et c’est tant mieux, car une démocratie silencieuse n’est plus une démocratie – c’est une tyrannie qui s’ignore.