Sept cent quatre-vingts interpellations, deux morts, des abribus en flammes : chaque grand match rejoue désormais le même rituel, où la victoire ne sert plus que de prétexte. L’occasion de repenser à 1998, la plus aboutie des Coupes du monde jusque dans ses moindres détails, et la dernière qu’on pouvait regarder partout, en clair, sans abonnement à empiler. À l’époque, le football était un bien commun, et la liesse débordait dans les rues sans y mettre le feu. Vingt-huit ans plus tard, le spectacle s’est privatisé derrière un mur payant, et la fête a glissé vers le défoulement. Codé d’un côté, brûlé de l’autre : entre les deux, il y avait un football qu’on pouvait encore aimer sans payer deux fois.
On répète que le Grand Prix de France a disparu parce que la Formule 1 est devenue trop chère, mais l’argent n’est que la moitié de l’histoire. Le vrai verrou est politique : dans un pays où la voiture est devenue un totem négatif et où chaque euro public est scruté, plus aucun dirigeant ne peut financer des bolides de luxe sans déclencher une tempête. La France n’est d’ailleurs pas seule, c’est tout le vieux continent que le modèle économique de la F1 chasse au profit du Golfe et des États-Unis, ces clients qui paient cash et décident sans demander l’avis de l’opinion. Reste que l’addition est réelle et le retour sur investissement sérieusement contesté, ce qui rend le scepticisme du contribuable parfaitement défendable. Cette absence n’est donc pas une anomalie à corriger, c’est un révélateur de ce que nous sommes devenus.