« Nous recrutons un stagiaire » : le mensonge le plus poli du marché du travail

Il m’arrive, par un masochisme que je n’ai pas encore totalement résolu, de m’égarer sur LinkedIn. Ce réseau, dont je tairai aujourd’hui les innombrables travers pour préserver ma tension artérielle, m’offre régulièrement un spectacle fascinant de cynisme ordinaire.

Le coupable ? Une petite phrase, anodine en apparence, qui fleurit sur les murs des entreprises : « Nous recrutons un stagiaire. »

À première vue, rien de choquant. Et pourtant, s’arrêter deux secondes sur l’assemblage de ces mots, c’est entrer de plein-pied dans une forme de schizophrénie organisationnelle.

Le prestige du verbe, la réalité de la facture

Le verbe recruter, c’est du sérieux. C’est la recherche de la perle rare, l’investissement sur un profil qualifié, une intégration durable et, surtout, une responsabilité économique réelle (salaire, charges, engagement mutuel). C’est un acte de construction pour l’organisation.

À l’autre bout de la phrase, nous avons le stagiaire. Un être qui, légalement, est là pour apprendre. Une ressource dont la gratification obligatoire vient de passer, en ce mois de janvier 2026, à la somme vertigineuse de 4,50 € de l’heure. Soit, à peu de chose près, le prix d’un café allongé un peu trop acide dans un établissement du Marais.

Dire « nous recrutons un stagiaire », c’est l’équivalent sémantique de dire :

  • « Nous embauchons un CDD de 24 ans payé au lance-pierre. »
  • « Nous sélectionnons avec une exigence de DRH celui qui fera le travail dont personne ne veut pour le prix d’un pourboire. »
  • Ou, plus brutalement : « Nous recrutons un Kleenex. »

Un hold-up linguistique

C’est là que le procédé devient orwellien. En empruntant le vocabulaire noble du recrutement cadre pour désigner une relation de travail ultra-précaire et formative, les entreprises opèrent un détournement sémantique.

On maquille la recherche d’une main-d’œuvre bon marché sous les traits d’une sélection d’élite. On exige du stagiaire qu’il soit « opérationnel », « autonome », voire qu’il apporte une « expertise » (le fameux mouton à cinq pattes), tout en lui rappelant, au moment de faire le virement en fin de mois, qu’il n’est qu’un humble apprenant qui ne « coûte » rien.

Alors, quel mot choisir ?

Absurde ? Certainement. Hypocrite ? Sans aucun doute. Mais s’il ne fallait en retenir qu’un, ce serait l’indécence. L’indécence de cette entreprise qui se parle à elle-même avec deux poids et deux mesures, feignant de recruter un collaborateur quand elle ne fait que louer, à tarif préférentiel, une ambition qu’elle n’a aucune intention de rémunérer à sa juste valeur.

La prochaine fois que vous verrez passer cette annonce, lisez-la pour ce qu’elle est : une petite victoire de la communication sur la décence.


Écrivez quelques éclats d'âme...

Dans l'ombre vacillante d'une chandelle, où les murmures du vent se mêlent aux secrets d'un vieux parchemin, je vous invite à tisser une toile de mots. Écrivez quelques éclats d'âme – rêve, étoile, abîme, étreinte, brume – et laissez-les danser sur la page, comme des lucioles dans une nuit d'encre. Que diriez-vous de les entrelacer dans une phrase, un souffle, une histoire ?

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