IFI « improductif » : Bitcoin = ennemi public n°1

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 2025, l’Assemblée nationale a voté un amendement qui devrait glacer le sang de tout détenteur de cryptomonnaies en France. Après avoir rejeté la taxe Zucman quelques heures plus tôt, les députés ont adopté par 163 voix contre 150 une transformation radicale de l’Impôt sur la Fortune Immobilière. L’IFI ne s’appelle désormais plus « Impôt sur la Fortune Immobilière », mais « Impôt sur la Fortune Improductive ». Et devinez quoi ? Bitcoin, Ethereum et consorts viennent d’être officiellement catalogués comme de la « richesse improductive », au même titre que votre yacht ou votre collection de timbres rares.

Cessons d’être naïfs : ce vote n’est pas un accident de parcours. C’est un signal politique limpide, une déclaration de guerre contre l’autonomie financière.

Le verdict est tombé : vos cryptos sont « improductives »

L’amendement n°I-3379, porté par le député MoDem Jean-Paul Mattei et massivement amendé par le socialiste Philippe Brun, fait entrer dans l’assiette de l’IFI tout un éventail d’actifs jusque-là épargnés : l’or physique, les pièces de collection, les objets d’art, les meubles précieux, les voitures de collection, les yachts, les avions… et donc les cryptoactifs. Le seuil d’imposition a été maintenu à 1,3 million d’euros (contre 2 millions proposés initialement), avec un abattement d’un million d’euros pour un bien immobilier par foyer fiscal. Au-delà de ce seuil, tout ce qui dépasse sera taxé à hauteur de 1% annuel.

Pour les détenteurs de Bitcoin qui pensaient protéger leur avenir en s’arrimant à un actif décentralisé, hors du système bancaire traditionnel, le message est sans équivoque : votre stratégie de préservation de patrimoine est désormais considérée comme non contributive à l’économie réelle. Votre refuge monétaire ? Une curiosité stérile. Votre bouclier contre l’inflation ? Un caprice de riche.

Cette décision révèle une incompréhension sidérante – ou un mépris calculé – de ce que représente Bitcoin. Cet actif, qui sécurise son réseau grâce à une infrastructure énergétique et informatique colossale, qui facilite des milliards d’euros de transactions quotidiennes à travers le monde, qui offre une alternative au monopole monétaire des banques centrales, serait « improductif ». Quelle blague. Ou plutôt, quelle insulte.

Les conséquences concrètes pour les hodlers français

Décryptons ce que cet amendement implique pour vous, détenteur de cryptos en France, si jamais ce texte passait l’épreuve du Sénat et de la commission mixte paritaire :

1. Déclaration obligatoire de tous vos wallets

Fini l’époque où vous pouviez garder vos Bitcoin dans votre Ledger sans en informer Bercy. L’amendement exige que vous déclariez l’intégralité de vos actifs numériques via le formulaire 2042-IFI. Vos wallets, qu’ils soient hardware, software ou sur exchange, devront être répertoriés. Et si vous pensez que le fisc n’a pas les moyens de vérifier ? Détrompez-vous. La régulation MiCA que j’ai déjà dénoncée pour sa trahison de l’esprit crypto facilite justement cette traçabilité.

2. Valorisation au 1er janvier : un piège potentiel

Votre patrimoine crypto sera évalué à sa valeur de marché au 1er janvier de chaque année. Imaginons : vous détenez 25 Bitcoin achetés à 20 000€ pièce en 2022. Au 1er janvier 2026, Bitcoin vaut 100 000€. Votre patrimoine crypto ? 2,5 millions d’euros. Vous dépassez le seuil, vous payez. Mais si Bitcoin s’effondre à 40 000€ en mars, vous avez quand même payé l’impôt sur une valorisation qui n’existe plus. Et si vous n’avez pas les liquidités nécessaires ? Il faudra vendre, réaliser une plus-value imposable, pour payer un impôt sur un stock. Absurde.

3. Vente forcée annuelle

C’est peut-être la conséquence la plus perverse. Si vous ne disposez pas d’autres liquidités, vous devrez vendre une partie de vos cryptos chaque année pour payer cet impôt. Imaginez devoir liquider 1% de vos Bitcoin tous les ans, juste pour satisfaire le fisc. Sur dix ans, c’est 10% de votre patrimoine crypto qui part en fumée, sans aucune plus-value réalisée. C’est une ponction sur du vent, une taxation de gains latents qui n’ont jamais atterri sur votre compte bancaire.

4. Une brèche politique béante

Le seuil de 1,3 million d’euros vous semble élevé ? Ne vous y fiez pas. Comme je l’ai expliqué dans mon analyse de l’IFI, ces seuils sont politiquement modulables. Une fois le principe accepté, rien n’empêchera un futur gouvernement de l’abaisser à 500 000€, puis 200 000€. L’histoire fiscale française nous l’a démontré mille fois : ce qui commence comme une « taxe sur les riches » finit toujours par toucher les classes moyennes supérieures.

5. Aucune exception pour l’activité professionnelle

Contrairement aux biens immobiliers affectés à une activité professionnelle, aucune exemption n’est prévue pour les cryptos utilisées dans un cadre entrepreneurial. Vous êtes développeur blockchain ? Vous acceptez des paiements en Bitcoin pour vos services ? Vous détenez des ETH pour tester vos smart contracts ? Peu importe. Taxé.

Une erreur idéologique majeure, mais révélatrice

Appelons un chat un chat : cet amendement repose sur une vision archaïque de ce qu’est la « productivité » économique. Pour ces députés, un actif n’est productif que s’il finance directement des entreprises françaises, s’il génère des emplois sur le territoire national, s’il s’insère dans les circuits traditionnels du crédit bancaire. Tout le reste ? Du vent. De la spéculation. De l’improductivité.

Cette grille de lecture ignore totalement la fonction première de Bitcoin : être une réserve de valeur décentralisée, un rempart contre les politiques monétaires inflationnistes des banques centrales. Quand la Banque Centrale Européenne imprime des milliards d’euros pour financer des dettes publiques insoutenables, quand l’épargne en euros perd 6% de pouvoir d’achat par an à cause de l’inflation, ceux qui choisissent Bitcoin ne fuient pas l’économie réelle. Ils la protègent. Ils refusent de voir leur travail dilué par les caprices monétaires des technocrates.

Mais pour l’État français, cette autonomie financière est intolérable. Elle échappe au contrôle. Elle se moque des frontières. Elle refuse le monopole monétaire. Alors on la punit. On la stigmatise. On la taxe jusqu’à ce qu’elle disparaisse ou s’exile.

Un virage fiscal inquiétant : punir la détention hors du système fiat

Regardons les choses en face : cet amendement n’a rien à voir avec la justice fiscale. Si c’était le cas, on s’attaquerait aux niches fiscales des ultra-riches, aux holdings patrimoniales qui permettent aux grandes fortunes d’échapper à l’impôt grâce à des montages sophistiqués. On renforcerait les moyens de Tracfin pour traquer les vrais fraudeurs. On taxerait les transactions financières à haute fréquence qui siphonnent des milliards sans créer aucune valeur.

Mais non. On préfère taper sur celui qui a acheté quelques Bitcoin pour protéger son épargne. Sur celui qui refuse de laisser son patrimoine pourrir sur un Livret A rémunéré à 2,5% pendant que l’inflation galope à 5%. Sur celui qui, après avoir travaillé toute sa vie, ose placer une partie de son patrimoine dans un actif qui ne dépend pas du bon vouloir de Christine Lagarde.

Le sous-texte politique est limpide : la détention de valeur en dehors du système monétaire fiat est désormais considérée comme suspecte. Vous voulez vous arrimer à l’or ? Taxé. Vous préférez Bitcoin à l’euro ? Taxé. Vous gardez du cash en assurance-vie ? Taxé. Le message est clair : restez dans le système, ou payez.

Le parcours législatif : tout n’est pas perdu, mais…

Soyons précis : cet amendement a certes été adopté par l’Assemblée nationale, mais le chemin législatif est encore long. Le texte doit maintenant passer au Sénat, puis en commission mixte paritaire. Et là, l’histoire récente nous offre un petit motif d’espoir : en 2024, le Sénat avait déjà tenté d’imposer une taxation similaire, qui avait ensuite été retirée du PLF 2025 après la commission mixte paritaire.

Mais ne nous leurrons pas. Le fait que cette mesure revienne chaque année, portée par des bords politiques différents (MoDem, PS, RN), montre une convergence idéologique inquiétante. La coalition hétéroclite qui a voté cet amendement – MoDem, Parti Socialiste, Rassemblement National, LIOT – témoigne d’un consensus transpartisan sur un point : les détenteurs de « richesse improductive » doivent payer.

Et même si cet amendement ne passait pas cette fois-ci, il reviendra. L’année prochaine. L’année d’après. Jusqu’à ce qu’il passe. Parce que les États en faillite ont besoin d’argent. Et les détenteurs de cryptos représentent une source de revenus facilement identifiable, grâce à MiCA et aux obligations KYC des exchanges.

Taxer un stock, pas un flux : une aberration fiscale

Il faut le dire crûment : taxer des plus-values latentes, c’est une aberration. Dans un système fiscal sain, on taxe des flux – des revenus réalisés, des transactions effectuées, des bénéfices distribués. On ne taxe pas un stock. On ne taxe pas ce qui n’a pas encore été transformé en pouvoir d’achat réel.

Imaginez qu’on applique la même logique à votre maison. Chaque année, vous devriez payer 1% de la valeur estimée de votre bien, même si vous n’avez pas l’intention de le vendre, même si cette valorisation est purement théorique. C’est exactement ce qu’on fait déjà avec la taxe foncière, que j’ai déjà dénoncée comme une arnaque légale. Et maintenant, on étend cette logique aux cryptos.

Cette taxation sur stock crée une spirale perverse : vous êtes contraint de réaliser des plus-values pour payer l’impôt, ce qui génère… encore plus d’impôts. Vous payez pour avoir le droit de conserver votre patrimoine. C’est une forme de dépossession progressive, légale, institutionnalisée.

Et pendant ce temps, les ultra-riches regardent le spectacle

Parlons un instant des vrais fortunés. Ceux qui ont 100, 200, 500 millions d’euros de patrimoine. Pensez-vous sincèrement qu’ils vont se laisser taxer sur leurs Bitcoin ? Bien sûr que non. Ils ont déjà leurs avocats fiscalistes qui étudient les montages. Holding luxembourgeoise. Trust à Singapour. Fondation au Liechtenstein. Résidence fiscale à Dubaï.

Comme toujours, cet impôt frappera principalement les classes moyennes supérieures et la bourgeoisie patrimoniale : ceux qui ont suffisamment pour dépasser le seuil, mais pas assez pour se payer une ingénierie fiscale sophistiquée. L’entrepreneur qui a réussi. Le cadre supérieur qui a épargné. Le médecin qui a investi. Ceux-là paieront. Les autres partiront.

Et c’est exactement ce qui s’est passé avec l’ISF. Entre 2002 et 2015, environ 2,38 milliards d’euros nets ont quitté la France chaque année à cause de cet impôt. Sur la période 1982-2014, entre 143 et 200 milliards d’euros de patrimoine sont sortis du territoire. Entre 2006 et 2016, plus de 4 500 ménages assujettis à l’ISF se sont exilés, représentant 23,8 milliards d’euros de patrimoine non taxé. Le résultat ? Des milliards de patrimoine évaporés, des entrepreneurs partis créer leurs entreprises ailleurs, des compétences perdues pour la nation. Et maintenant, on veut recommencer avec les cryptos ?

Les fous du bus ont encore frappé

Je pensais qu’après le rejet de la taxe Zucman – cette idée délirante d’un impôt minimum mondial sur les ultra-riches – on allait enfin pouvoir revenir à des sujets sérieux. Parler d’attractivité économique. D’innovation. D’entrepreneuriat. De compétitivité.

Mais non. Les fous du bus ont encore frappé. Et cette fois, c’est pire, car l’amendement a passé. Il a franchi la première étape. Il a reçu l’onction d’une majorité de députés. Le message envoyé aux détenteurs de cryptos, aux innovateurs, aux entrepreneurs de la blockchain, est désastreux : la France considère votre secteur comme improductif, vos actifs comme stériles, votre vision comme dangereuse.

Pendant que nos voisins européens – Portugal, Suisse, Malte – multiplient les incitations fiscales pour attirer les entreprises crypto, pendant que Singapour et Dubaï se transforment en hubs mondiaux de la blockchain, nous, en France, on taxe. On punit. On stigmatise.

Ce qu’il faut faire maintenant

Si vous êtes détenteur de cryptomonnaies en France, voici ce que je vous recommande de :

  1. Restez vigilants sur le parcours législatif : L’amendement n’est pas encore définitivement adopté. Suivez de près les débats au Sénat. Contactez vos élus. Faites-leur comprendre l’absurdité de cette mesure. La mobilisation peut encore faire la différence.
  2. Préparez votre stratégie fiscale : Si cette taxe entre en vigueur, vous aurez besoin d’un plan. Consultez un fiscaliste spécialisé. Évaluez vos options : garder suffisamment de liquidités pour payer l’impôt sans vendre vos cryptos, réorganiser votre patrimoine, diversifier entre actifs imposables et non imposables.
  3. Considérez sérieusement l’expatriation : Je sais, c’est radical. Mais à un moment, il faut peser le pour et le contre. Si vous avez un patrimoine crypto significatif, si vous travaillez dans la blockchain, si vous croyez vraiment dans cet écosystème, pourquoi rester dans un pays qui vous considère comme un parasite fiscal ? Le Portugal, l’Estonie, Malte, la Suisse, Dubaï offrent des cadres fiscaux infiniment plus favorables. Et non, ce n’est pas de l’évasion fiscale, c’est de la mobilité légale.
  4. Continuez à vous former et à diversifier : Quelle que soit l’issue de ce texte, une chose est sûre : la pression fiscale sur les actifs hors système ne fera qu’augmenter. Formez-vous. Comprenez les mécanismes. Diversifiez vos actifs entre juridictions. Protégez vos clés privées. Reprenez le contrôle.

Résister à la dépossession

Cet amendement n’est pas qu’une mesure fiscale parmi d’autres. C’est un marqueur idéologique. Un signal de ce que l’État français considère comme légitime ou non. Et manifestement, détenir des Bitcoin pour se protéger de l’inflation, s’arrimer à un actif décentralisé pour échapper aux caprices monétaires des banques centrales, choisir l’autonomie financière plutôt que la dépendance au système fiat… tout cela est désormais suspect.

Alors oui, les fous du bus ont encore frappé. Ils ont transformé l’IFI en un outil de punition de l’autonomie. Ils ont catalogué Bitcoin comme richesse improductive, niant en bloc toute sa fonction monétaire et sa révolution technologique. Ils ont ouvert une brèche fiscale qui, si elle n’est pas refermée, finira par avaler tous les détenteurs de cryptos français.

Mais nous ne sommes pas obligés de nous laisser faire. Nous pouvons résister. Informer. Mobiliser. Et si nécessaire, voter avec nos pieds. Car après tout, c’est précisément pour échapper à ce genre de système confiscatoire que Bitcoin a été inventé.

La seule question qui reste : allez-vous subir, ou allez-vous agir ?


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Dans l'ombre vacillante d'une chandelle, où les murmures du vent se mêlent aux secrets d'un vieux parchemin, je vous invite à tisser une toile de mots. Écrivez quelques éclats d'âme – rêve, étoile, abîme, étreinte, brume – et laissez-les danser sur la page, comme des lucioles dans une nuit d'encre. Que diriez-vous de les entrelacer dans une phrase, un souffle, une histoire ?

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