Lecornu, huitième acte d’une tragicomédie : quand la France s’enfonce par continuité
C’est l’annonce tant attendue – ou plutôt tant retardée – de la composition du gouvernement par Sébastien Lecornu, ce 5 octobre 2025, qui motive la présente réflexion sur ce pays qui semble voguer sans capitaine vers des eaux de plus en plus troubles. Après près d’un mois de tractations laborieuses, le secrétaire général de l’Élysée a enfin dévoilé une première salve de 18 ministres, un gouvernement « resserré » qui sent bon la continuité macronienne, avec des reconductions comme Bruno Retailleau à l’Intérieur ou Jean-Noël Barrot aux Affaires étrangères, et des surprises comme Bruno Le Maire aux Armées – lui qui jurait récemment quitter la politique. Une liste qui, au fond, illustre parfaitement ce délitement progressif : des noms recyclés d’un système essoufflé, où les technocrates se passent le relais sans jamais questionner leurs échecs.
Imaginez toujours ce vieux manoir français, mais cette fois avec un majordome – Lecornu – qui arrive en retard pour réorganiser les meubles pendant que la toiture fuit de toutes parts. Ce n’est pas une simple passation de pouvoir ; c’est le énième épisode d’une série où les Premiers ministres se succèdent comme des saisons sur Netflix : Philippe (2017-2020), Castex (2020-2022), Borne (2022-2024), Attal (2024), Barnier (2024), Bayrou (2024-2025), et maintenant Lecornu depuis septembre 2025. Huit en huit ans – un record qui frise le ridicule, égalant celui de Mitterrand mais sans les septennats pour amortir le choc. Pour maximiser l’impact de ce chiffre choc, comparons avec d’autres démocraties parlementaires souvent taxées d’instabilité. En Italie, pays proverbial pour son turnover gouvernemental (68 gouvernements en 76 ans de République), on compte « seulement » cinq Premiers ministres sur les huit dernières années : Gentiloni, Conte, Draghi, et Meloni depuis 2022. En Allemagne, modèle de stabilité, à peine deux chanceliers (Merkel jusqu’en 2021, Scholz depuis) sur la même période. Ce n’est donc pas « normal », même dans des systèmes fragmentés : la France macronienne bat des records d’instabilité, non pas à cause d’une Constitution défaillante, mais d’un leadership qui navigue à vue, dissolvant l’Assemblée en 2024 pour un Parlement ingérable et enchaînant les chutes via motions de censure.
Et que voit-on dans cette nouvelle équipe ? Des figures comme Gérald Darmanin à la Justice, Élisabeth Borne à l’Éducation nationale, Rachida Dati à la Culture, ou encore Agnès Pannier-Runacher à la Transition écologique – un mélange de vieux routiers et de fidèles du macronisme, issus du même moule élitiste. Manuel Valls aux Outre-Mer ? Une résurrection qui pue le recyclage désespéré. Et où est la vraie rupture ? Nulle part. Ce gouvernement, fruit de négociations interminables et de concessions comme l’abandon officiel du 49.3 (annoncé vendredi pour apaiser les oppositions), n’est qu’un pansement sur une plaie béante : celle d’un Parlement fragmenté depuis la dissolution de 2024, d’une dette abyssale, et d’une France qui gronde face à l’inflation et à l’insécurité.
Le paradoxe Lecornu mérite qu’on s’y attarde : pourquoi Macron, après la chute de Bayrou (renversé en septembre 2025 par une motion de censure sur le budget), a-t-il choisi ce centriste pur jus, ancien ministre de la Défense et loyaliste absolu ? À 39 ans, Lecornu n’est pas un novice, mais son profil – un ex-LR rallié tôt à Macron – sent le choix de continuité plutôt que de rupture. Selon les analyses, c’est une stratégie désespérée pour maintenir un gouvernement minoritaire aligné sur la vision présidentielle : Macron l’a chargé de « consulter les forces politiques pour adopter un budget », évitant ainsi un deadlock immédiat. Mais ce pilotage à vue, avec un délai d’un mois pour former l’équipe, particulièrement long sous la Ve République, trahit l’embarras : négociations « dans la douleur », concessions aux oppositions (comme renoncer au 49.3 pour apaiser le PS), et un « socle commun » post-dissolution maintenu pour masquer le vide. Réactions ? Les centristes applaudissent, la gauche crie au déni, et les commentateurs y voient un signe que Macron s’entête dans sa bulle, préférant un allié fidèle à un vrai renouveau. Au final, cela renforce la thèse d’un « gouvernement fantôme » : une façade de stabilité pour un exécutif qui risque de chuter au premier vent contraire, comme ses prédécesseurs.
Oublions les analyses lisses des plateaux télé, qui dissèquent les « équilibres politiques » comme si c’était une partie d’échecs raffinée. Abordons cela sous l’angle que les médias évitent : celui d’une caste technocratique qui, face à l’échec patent de leurs recettes, préfère blâmer l’extérieur plutôt que de se regarder dans le miroir. Pour eux, si le pays patine, c’est la faute à la Russie – ah, ces sanctions européennes qui nous ruinent sans affaiblir Poutine ! Ou, plus rarement, à Bruxelles, avec ses normes folles qui asphyxient nos agriculteurs (Annie Genevard à l’Agriculture, bon courage…). Mais jamais, ô grand jamais, à leur propre hubris : ces énarques qui ont transformé l’État en machine à gaz, subventionnant des chimères vertes pendant que les PME crèvent sous les impôts. Résultat ? Une France ingouvernée, où les motions de censure pleuvent (rappelez-vous Barnier et Bayrou), et où l’on se demande si un exécutif fantôme ne vaudrait pas mieux qu’un énième casting de technos déconnectés.
De droite, on le hurle : ce n’est pas la Ve République qui dysfonctionne, mais son sabotage par un centrisme mou qui fusionne le pire du socialisme étatiste (Catherine Vautrin à la Santé et au Travail) et du libéralisme sauvage (Roland Lescure à l’Économie). Les choix délibérés de vassalisation à l’UE et à l’OTAN, imposés par nos technocrates pour plaire à Bruxelles et Washington, nous ont coûté cher : sortie humiliante d’Afrique, diplomatie en miettes, et une immigration incontrôlée qui mine la cohésion nationale. Les oppositions ? Le Pen et Zemmour font du bruit, mais capitulent devant le Frexit salvateur. Quant à la vraie droite souverainiste, elle est étouffée par ce système verrouillé, où même les nominations comme Éric Woerth à l’Aménagement du territoire sentent le compromis boiteux.
Et l’avenir ? Plus incertain que jamais. Avec ce gouvernement Lecornu, on risque un retour du 49.3 sous une forme déguisée malgré son abandon officiel, des censures en cascade, et une France qui tourne au ralenti. Sans président omniprésent – Macron lévite toujours au-dessus du chaos –, sans Premier ministre charismatique, et avec des ministres qui recyclent les mêmes erreurs, le pays se porte-t-il mieux ? Peut-être, dans le sens où l’inaction freine les folies fiscales. Mais sur le long terme, c’est la catastrophe. Il faut briser ce cercle : dégraisser l’État en supprimant des agences redondantes comme la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (qui n’empêche pas les scandales) ou en fusionnant les innombrables commissions inutiles ; restaurer les libertés locales en transférant des compétences aux régions, comme la gestion des transports secondaires ou une partie de la fiscalité environnementale, pour que les territoires ne soient plus asphyxiés par Paris. Sinon, le manoir s’effondre pour de bon.
Pas de complaisance : les technocrates sont les coupables, pas la Russie ni l’UE (quoique elle aide bien). Lecornu et sa troupe ? Un énième acte d’une tragi-comédie macronienne. La France mérite un vrai renouveau, pas ce spectacle de fin de règne.
ADDENDUM (06/10/2025, 10H) : Le naufrage confirmé en moins de 15 heures
Il n’aura fallu que quelques heures pour que notre diagnostic se vérifie de la manière la plus brutale qui soit. Sébastien Lecornu a remis sa démission ce lundi 6 octobre, le lendemain même de la première vague de nominations ministérielles. Emmanuel Macron l’a acceptée dans la foulée, faisant de ce gouvernement le plus court de l’histoire de la Ve République : moins de 15 heures d’existence depuis la nomination des ministres.
Condamné dès sa naissance par le sabordage des Républicains de Retailleau – qui refusaient de servir de caution à ce énième recyclage macronien –, ce gouvernement aux « airs de déjà-vu » n’aura même pas eu le temps de tenir son premier Conseil des ministres prévu à 16h.
Et comme si l’absurde n’avait pas assez frappé, les six ministres entrés au gouvernement pour à peine 14 heures toucheront chacun une indemnité de départ de près de 28 000 € brut – soit 168 000 € au total – au titre de leurs 3 mois de salaire garantis, un privilège légal qui scandalise alors que la France étouffe sous la dette. Cette gabegie, fruit d’une loi datant de 1958 et maintenue sous Macron malgré ses promesses de sobriété, illustre l’hypocrisie d’une caste technocratique qui se gave pendant que les Français trinquent. Lecornu, qui promettait de réformer ces avantages dès 2026, en profite lui-même avec 48 000 € pour ses 27 jours cumulés – un comble pour un « renouveau » fantôme !
Le « gouvernement fantôme » que nous évoquions ? Il n’a même pas eu le loisir de hanter Matignon. La « façade de stabilité qui risque de chuter au premier vent contraire » ? Elle s’est effondrée avant même que le vent ne se lève. Notre métaphore du majordome qui réorganise les meubles pendant que le manoir s’effondre ? Elle était encore trop optimiste : Lecornu n’a même pas eu le temps de déballer ses cartons.
Ce record d’implosion illustre à la perfection la thèse de ce blog : ce n’est pas la Constitution qui dysfonctionne, c’est bien un système macronien à bout de souffle, incapable de produire autre chose que du recyclage et de la continuité factice. Huit Premiers ministres en huit ans ? Nous en sommes désormais à neuf, avec un record du monde de brièveté en prime.
La tragicomédie continue. Rideau. Prochain acte imminent.