L’État nous piège avec l’E85 : de l’encouragement à la trahison fiscale en 2026
Imaginez la scène : en 2017, l’État français légalise les boîtiers d’adaptation pour rouler à l’E85, ce superéthanol made in France qui promet des économies substantielles à la pompe tout en étant un poil plus vert que l’essence classique. Puis, de 2019 à 2025, les régions, départements et communes se mettent à pleuvoir des aides financières pour vous inciter à franchir le pas – jusqu’à 500 euros par ci, 300 par là. Et là, paf ! Dans le projet de budget 2026, dévoilé ce mardi 14 octobre, le gouvernement Lecornu annonce une réduction progressive de la défiscalisation des biocarburants, dont l’E85. Résultat ? Le prix à la pompe pourrait bondir de 0,71 € à plus de 1,20 € le litre. C’est la trahison parfaite : on vous pousse dans le piège, on vous finance l’entrée, et maintenant on vous taxe pour sortir. Bienvenue dans la France des niches fiscales « obsolètes » qui ne le sont que quand ça arrange Bercy.
2017 : La carotte légale pour un rêve accessible
Tout commence avec un arrêté du 30 novembre 2017, publié au Journal Officiel le 15 décembre suivant. Ce texte met fin au flou juridique qui rendait ces boîtiers risqués pour le contrôle technique et l’assurance. Il encadre les normes antipollution (Euro 3 minimum), les tests par l’UTAC et l’apposition d’une plaque sur la carte grise. Pourquoi ? Parce que l’E85, à 85 % bioéthanol issu de betterave, blé ou maïs français, était déjà distribué dans plus de 950 stations, à 0,70 €/l en moyenne contre le double pour le SP98. Une réduction de 47 % des émissions de CO2 par rapport aux fossiles, tout en soutenant l’agriculture locale. L’État vendait du patriotisme économique sans coût pour les contribuables.
2019-2025 : Les subventions en cascade
Les collectivités locales entrent en scène : la région Hauts-de-France lance une aide à 40 % du coût (jusqu’à 400 €), le Grand-Est passe à 550 € pour 5 000 kits en 2023, la PACA double son chèque à 500 €. Départements comme la Somme ou la Côte-d’Or ajoutent 150-200 €, communes jusqu’à 500 € sous conditions. Bilan : plus d’un million d’automobilistes convertis, dont 400 000 via boîtiers, économisant 700 € par an en moyenne. Ces aides, souvent limitées et expirant fin 2025 dans plusieurs régions, créent une dépendance massive. Une mécanique d’incitation que j’ai déjà dénoncée dans mes analyses sur les aides automobiles et ZFE.
2026 : Le bâton fiscal, ou comment saborder sa propre politique
Le PLF 2026 cible 23 niches fiscales « obsolètes » sur 474, pour 85,1 milliards d’euros de gains. Parmi elles : suppression du tarif préférentiel pour le B100 et réduction progressive sur trois ans de l’avantage fiscal de l’E85. Hausse de 40-50 centimes/litre, rendant l’E85 plus cher que le SP95-E10, avec effet domino sur essence et diesel (+2,3 c€/L). Sylvain Demoures de la Collective du bioéthanol parle de « double peine », la FNSEA alarme pour les betteraviers et éleveurs, déjà menacés par le Mercosur. En pleine crise budgétaire, saborder 10 000 emplois agricoles et nos importations pétrolières ? C’est de l’écologie punitive qui frappe les ruraux.
Un pattern prévisible : diesel, électrique, E85
Ce n’est pas nouveau. Années 2000 : on pousse le diesel comme « propre », puis on le taxe. Électriques : subventions massives, puis infrastructures défaillantes et prix réels prohibitifs. Aujourd’hui l’E85 suit le même chemin : légalisation, subventions, taxation. L’Europe impose sa transition avec des décisions comme les bornes pour camions électriques, mais au détriment des solutions locales viables. Une politique en dents de scie qui pue la manipulation budgétaire.
Le vrai scandale : piège fiscal et social
L’État crée une filière dépendante (1M usagers piégés), puis la taxe pour renflouer les caisses au nom de la « rationalisation ». Priorité aux niches des ultra-riches plutôt qu’à l’agriculture française ? Souvenez-vous des Gilets jaunes déclenchés par la taxe carbone. Cette hausse potentielle pourrait rallumer la mèche, surtout avec les ZFE qui asphyxient déjà les modestes. L’E85 reste une bonne idée – local, économique, moins polluant – mais pas si on nous la vole.
Vigilance et action citoyenne
La volte-face n’est pas écologique, mais purement budgétaire. Pour les automobilistes : pétitionnez, manifestez, convertissez-vous avant que les aides restantes ne s’évaporent fin 2025. La vigilance est (presque) notre seule arme contre ces cycles de promesses trahies.