Paul Argoud

L’aseptisation des voitures modernes

Depuis leur création, les voitures n’ont eu de cesse d’évoluer. Au cours des décennies qui suivirent, les constructeurs ont essayé de multiples systèmes ; souvent mécaniques, en premier lieu puis électroniques. Passons sous silence la phase de transition où de multiples systèmes mécaniques étaient pilotés électriquement/électroniquement… pas toujours avec une efficacité retentissante ; qu’on se le dise !

BMW 733i E23.

Les exemples ne manquent pas, que ce soit au niveau des carburateurs, des injections, des directions assistées, etc. Autant d’inventions pensées avec des intentions probablement très louables : confort, performance, fiabilité, etc. Puis, soudainement, en 1978, Bosch commercialise « son » incroyable système ABS (anti-blocage des roues) qui équipera, d’abord en option (restons sérieux), les Mercedes Classe S (W116) et BMW série 7 (E23). En aparté, la première moto qui sera dotée de l’ABS (en option) sera la BMW K1, en 1988.

Module ABS de la BMW K1 (1988).

Système ABS qui, bien que n’ayant jamais été rendu obligatoire avant 2003 en Europe, n’a cessé de s’immiscer dans nos automobiles depuis les années 80. Alors attention, je n’ai (presque) rien spécifiquement contre l’ABS mais il marque selon moi le début d’une évolution un peu moins positive de l’automobile. Le commencement du « sous couvert de la sécurité et des profits, on m’impose tout et n’importe quoi ». Parce que depuis ces années quatre-vingt, quelqu’un d’autre sait nécessairement ce qui est mieux pour moi et décide donc à ma place. Ce « quelqu’un » est variable, ce peut être un technocrate, un ingénieur, un constructeur, un système électronique, etc. Ce dernier fait d’ailleurs les choses mieux que moi, prend les décisions à ma place et coûte par ailleurs excessivement cher.

Unité de commande pour airbag AB plus de Bosch.

Là encore, l’ABS n’était qu’un exemple mais finalement, il savait déjà mieux que le chauffeur, comment freiner, quelle roue, quelle répartition, à quel moment, etc. Bon, initialement, il n’était pas tout à fait aussi évolué et puis il était en option mais comme un peu tout le reste. Au départ, il s’agit d’une option, puis d’une option désactivable puis… de série non désactivable… évidemment ! L’ABS étant dans la voiture, à l’image du loup dans la bergerie, une multitude d’autres systèmes, intrusifs au possible, sont joyeusement venus se greffer dans mes bolides afin de prendre toujours plus de décisions à ma place.

L’ESP a du succès dans le monde entier.

Fort heureusement, au milieu de toute cette accumulation de bullshit, certaines évolutions plutôt positives (pas totalement, ne vous y trompez pas) sont apparues : appuis-têtes, ceintures de sécurité, airbags, etc. Parallèlement à cette perte de contrôle (humain) induite par ces systèmes sécuritaires, l’environnement a lui aussi évolué. On ne citera que les limitations de vitesse (années 70/80, là encore) et les radars. Oui parce que, que ce soit dans mon auto ou au sein de l’environnement dans lequel elle évolue, on décide à ma place, c’est comme ça, c’est sécuritaire, je ne peux pas comprendre.

Voilà comment on se retrouve, quelques décennies plus tard, avec des voitures suréquipées, toujours plus lourdes qui s’occupent de ma conduite un peu comme bon leur semble. Fort heureusement, quelques constructeurs encore animés d’un semblant de passion automobile, permettent la désactivation complète de la quasi-totalité de ces systèmes intrusifs. Bon, par contre, pour l’ABS, il ne faut pas trop se leurrer, je ne connais aucun véhicule neuf qui permet sa désactivation.

Tesla Model X : 2 352 à 2 487 kg.

Personnellement, ce que je trouve le plus regrettable dans tout ça, c’est l’absence de choix. Des choix de plus en plus limités avec des véhicules qui paradoxalement, coûtent pourtant de plus en plus chers. Outre l’agrément de conduite discutable, où sont passés les catalogues constructeurs avec les millions de teintes de carrosseries, de finitions intérieures, de garnitures en option… sur des véhicules à prix relativement abordables. Je ne parle ici que d’automobile mais cette regrettable absence de choix a une fâcheuse tendance à envahir mon quotidien.

BMW M3 E30 et BMW M4 F82 sur l’Autódromo Internacional do Algarve.

Ceci étant (peut être bien pour la dernière fois ?), BMW laisse fort heureusement (encore) un peu de choix pour ses dernières M3/M4 : boite manuelle ou boite séquentielle robotisée DKG à double-embrayage bionique. Mais bon, sur une caisse à 100000 balles (comprenez euros), on peut encore s’estimer heureux. Finalement, au fil du temps, insidieusement, l’automobile s’est mise à se conduire elle-même, se passant progressivement de son chauffeur : l’ABS, les aides multiples (ESP, ASC, etc), les boites automatiques et demain, les voitures autonomes.

Ceci n’est rien d’autre que le constat, assez peu réjouissant, d’un passionné (un brin nostalgique, je vous l’accorde) qui n’utilise pas ses véhicules dans le seul but de rallier un point A à un point B. Une boite à double embrayage si vous voulez, je devrais pouvoir m’y accommoder mais de grâce, laissez-moi cette pédale d’embrayage que j’aime tant !

Pour conclure, aujourd’hui, les sportives vous font endosser l’habit de pilote. Il y a trente ans, elles faisaient tout pour vous persuader que vous ne l’étiez pas. Et cette dose d’humilité fait un bien fou.

« Don’t let technology get in the way of your driving experience. »

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